ANARCHRISME !

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Dernières volontés

Je souhaiterais soit être brûlé en pleine nature sauvage (ou sur ma terre si un jour j'en ai une dans la nature, la montagne ou la campagne) sur un bûcher funéraire d'une ou deux tonnes de bois et que les cendres en soient dispersées sur place par la pluie et le vent, soit être enterré nu dans un linceul de lin blanc à même la terre (idem dans la nature ou sur ma terre si j'en ai une), ou soit être immergé au large nu dans un linceul de lin blanc si j'habite une île ou sur un bord de mer, et effectivement se passer de tout service de pompes funèbres et de tout service religieux (à moins que des proches veuillent librement chanter des hymnes, des psaumes ou des péans : libre à mes amis et familiers de banqueter ou de pleurer à leur guise - ou de ne rien faire).

Toutes choses strictement interdites par la loi, ça va de soi.

Je ne souhaite en tout cas ni être enfermé dans un immonde cercueil dans un immonde cimetière, ni être cramé dans un un four crématoire et enfermé dans une ignoble urne, etc.

"Tu es poussière et tu redeviendras poussière..."

Demain, les coyotes !

https://demainlescoyotes.wordpress.com/

Ecologie profonde

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"La santé de l'homme est le reflet de la santé de la terre."

Héraclite

Pourquoi il faut voir et faire voir Captain Fantastic

Ce film a tout saisi, compris, intégré : l'écologisme, la décroissance, le luddisme, le survivalisme, l'anarchisme, le libertarisme, l'autonomisme, le localisme, l'indépendantisme, le mode de vie paléo, l'anarcho-primitivisme, le populisme, l'égalitarisme, l'élitisme de la base, l'aristocratisme populaire, le paganisme, le naturisme, l'écoféminisme, le familialisme libertaire, le pacifisme (armé), la self-défense, la reprise individuelle, le deschooling et le home schooling, l'intellectualisme, le vitalisme, tout y est, Thoreau, Chomsky, Jared Diamond, Ellul, Illich et bien d'autres encore...

C'est la grande synthèse idéologique pratique, le grand fourre-tout fantasmatique et jubilatoire, tout est saisi, compris, jusqu'au réalisme final de l'équilibre paysan écolo-bio...

Fantastique !

Les vrais anarchristes sont désormais ici

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Et vrais écologistes intégraux :

Un Pont lancé... entre foi catholique et décroissance, écologie radicale et théologie : http://unpontlance.wixsite.com/cathos-ecolos

OMNIA SUNT COMMUNIA !

Nous sommes...

...absentéistes, abstentionnistes, activistes, anarchistes, archaïstes, (libres) associationnistes, autonomistes, anti-autoritaires, antibourgeois, antibureaucrates, anticapitalistes, autogestionnaires, (néo)babouvistes, bakouniniens, (néo)bundistes, canuts, anti-centralistes, chouans, communalistes, (néo)communards, communautariens, communautaristes, communistes (libertaires), compagnonnistes, conseillistes, (bio)conservateurs, convivialistes, coopératistes, corporatistes, croquants, débrayeurs, décroissants, démocrates directs, démocrates radicaux, écologistes (profonds), égalitaristes, anti-étatistes, eurocritiques, eurosceptiques, fédéralistes (intégraux), gandhistes, goliards, grévistes (généralistes), écoguerriers, guérilleros, guildistes, horizontalistes, anti-humanistes, anti-impérialistes, indépendantistes, indigénistes, anti-industriels, insurrectionnalistes, anti-jacobins, jacques, kropotkiniens, libertaires, antilibéraux, ligueurs, localistes, (néo)luddites, makhnovistes, maquisards, marxistes libertaires (antiléninistes antitrotskystes antistaliniens antimaoïstes), antimilitaristes, antimodernes, antimondialistes, municipalistes, munzériens, mutualistes, narodniki, internationalistes, micronationalistes, naturistes, nihilistes (russes), pacifistes (violents), antiparlementaristes, antipartis, paysannistes, pitauds, plébéiens, populistes, (anarcho)primitivistes, antiproductivistes, prolétaires (intellectuels), proudhoniens, proximistes, radicaux, (bio)régionalistes, révolutionnaires, ruralistes, rustauds, saboteurs, sauvagistes, sécessionnistes, séparatistes, situationnistes, socialistes (libertaires), écosociétalistes, soréliens, spontanéistes, survivalistes, (anarcho)syndicalistes, antitechnocrates, technocritiques, technosceptiques, technophobes (primaires), écoterroristes, antitotalitaires, tuchins, tyrannicides, anti-utilitaristes, non-violents (armés), (néo)zapatistes...

...bien des choses, en somme !

Géopoétique d'abord !

« Les grands poèmes du ciel et de l’enfer ont été écrits. Reste à composer le poème de la terre. Ce serait là la plus grande chose à laquelle l’esprit pourrait aspirer. »

Wallace Stevens, Opus Posthumous

« Comprendre que tout a lieu en un seul corps

revient à renverser les vieilles catégories politiques

à passer de la politique à la métapolitique

ou à la poésie »

Norman Brown, Life against Death, 1959 ; voir aussi « From Politics to Metapolitics », 1947

« Si une fleur avait un Dieu, ce ne serait pas une fleur transcendantale mais un champs – qui plus est un champ tel qu’on le définit en physique, un système d’énergie intégré, un champ dont l’activité, outre celle de la fleur, comprendrait celle de la terre, de la pluie, du soleil, des oiseaux, des vers, des abeilles. Une fleur douée de sensibilité serait capable, à travers ses racines et ses membranes, de sonder l’entièreté de ce système pour découvrir que son existence est une exaltation particulière du champ complet. »

Alan Watts, In My Own Way

« cette vaste et ancienne religion, plus magnifique que tout ce que nous connaissons : plus crûment et ouvertement religieuse car tout l’effort vital de l’homme consistait à mettre sa vie en contact avec la vie élémentaire du cosmos, la vie des montagnes, la vie des nuages, la vie du tonnerre, la vie de l’air, la vie de la terre, la vie du soleil. A entrer dans un contact immédiat avec le sensible, et en extraire une énergie, une puissance et une félicité sombres. Cet effort en vue d’un contact nu et simple, sans intermédiaire ni médiateur, est le sens primordial de la religion. »

D. H. Lawrence, The Spirit of Place, 1936

« Ce n’’est pas de ceux dont la culture a été vidée de son contenu par des systèmes éducatifs que viendra le géant capable de détruire l’ancien et de bâtir le nouveau, mais de la nature sauvage intacte. »

Emerson, « The American Scholar »

comment échapper

à cette époque

moderne

et réapprendre

à respirer

William Carlos Williams, « Un exercice »

« Livrons-nous à une perception immédiate du réel empirique autour de nous. Cet éclat de soleil, ce brin d’herbe, font surgir aussitôt une présence imposante de l’être ontologique, présence obscure et indivise où tout est enveloppé et rien n’est exclu, présence souveraine et plénière , présence qui fait la joie débordante du sage profondément réintégré dans sa source ontologique. »

Liou-Kia-hway, L’Esprit synthétique de la Chine, PUF, 1961

Ici un homme doit se défaire du fardeau qui émousse

Son contact avec les choses élementaires, les subtilités

Qui semblent inséparables d’une existence humaine, pour aller

Vers un monde simple, plus rude, plus beau et plus imposant,

Délivrant une ivresse austère

Hugh MacDiarmid, « On a Raised Beach »

« La grande morale inexplorée de la vie elle-même, ce que nous appelons l’immoralité de la nature, nous entoure de son éternel mystère, et c’est au milieu d’elle que se joue le petit jeu de la morale humaine, avec ses bizarres critères de moralité et ses mouvements mécaniques. C’est un jeu sérieux, solennel, jusqu’à ce que l’un des protagonistes, lassé de son rôle, prenne le risque de jeter un regard hors du cercle enchanté, du côté des vastes espaces sauvages qui l’environnent. »

D. H. Lawrence, Phoenix, 1936

Sentir et dire la stupéfiante beauté des choses – la terre, la pierre et l’eau,

Les bêtes, l’homme et la femme, le soleil, la lune et les étoiles –

La beauté de notre nature humaine injectée de sang, ses pensées, ses transports

et ses passions

Et la nature humaine dans sa beauté imposante –

Car l’homme n’est qu’un rêve, l’homme, pourrait-on dire, est la nature

plongée dans un rêve, mais le roc,

Et les eaux et le ciel sont constants – sentir pleinement

Comprendre pleinement, et exprimer pleinement la beauté

Naturelle est l’unique tâche de la poésie

Robinson Jeffers, « The Beauty of Things »

« Tout cela est relatif à l’arche Terre-sol, à la sphère-Terre, à nous, hommes terrestres. »

Edmund Husserl, Derniers Manuscrits

« Ce que tu cherches, c’est un monde. »

Hölderlin, Hyperion

« C’est de façon poétique que l’homme vit vraiment sur cette Terre. »

Friedrich Hölderlin, Derniers poèmes

« Lorsque dans la profonde nuit d’hiver une violente tempête de neige déchaîne ses rafales autour du chalet, recouvrant et dissimulant tout, c’est alors le grand temps de la philosophie. C’est alors que son questionnement doit devenir simple et essentiel. »

Martin Heidegger

« Un tel Occident est plus ancien, car plus près de l’aube et pour cela de meilleure promesse que l’Occident platonique et chrétien. »

Martin Heidegger

« L’Europe, depuis qu’elle a été nominalement christianisée, ne vit que de quelques gouttes d’élixir païen qu’elle a sauvées de la jalousie de ses convertisseurs. »

Rémy de Gourmont

« C’est considérer la terre comme référence ultime des théories, ce qui est le fondement même de la géopoétique. »

Kenneth White, Au large de l’histoire

« C’est par la Différence, et dans le Divers, que s’exalte l’existence. » Or, « le Divers décroît. Là est le grand danger terrestre. » « C’est contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre – mourir peut-être en beauté. »

Victor Segalen, Essai sur l’exotisme – une esthétique du divers

Maintenant il faut des armes

Pour éviter les confrontations sanglantes avec les orpailleurs clandestins qui empoisonnent leurs rivières au mercure, les gendarmes confisquent leurs armes aux Indiens Wayana de Guyane.

Comme d'habitude, l'Etat désarme avant tout les victimes. L'Etat craint bien plus les victimes que les criminels : les criminels sont des ennemis nécessaires, mais les victimes sont des concurrents potentiels.

L'Etat a besoin d'ennemis publics pour justifier son monopole de la violence légitime, mais si les victimes pratiquent l'autodéfense, elles remettent en question ce monopole étatique.

La priorité de l'Etat n'est pas de désarmer les criminels, mais leurs victimes réelles et potentielles.

Au-delà de l'athéisme

Au-delà de l'athéisme : le non-théisme. Je ne suis pas athéiste, je suis terréiste. Soyez fidèle à la Terre.

Edward Abbey, Désert solitaire

La tradition des opprimés

"A chaque époque, il faut tenter de refaire la conquête de la tradition, contre le conformisme qui est train de la neutraliser."

Walter Benjamin, Sur le concept d'histoire (1940)

Il nous faut un refuge

Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n'aurons peut-être jamais besoin d'y aller. Je n'irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l'Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d'espoir.

Edward Abbey, Désert solitaire

Au-delà du mur

Au-delà du mur de la ville irréelle, au-delà des enceintes de sécurité coiffées de fil de fer barbelé et de tessons de bouteille, au-delà des périphériques d’asphalte à huit voies, au-delà des berges bétonnées de nos rivières temporairement barrées et mutilées, au-delà de la peste des mensonges qui empoisonnent l’atmosphère, il est un autre monde qui vous attend. C’est l’antique et authentique monde des déserts, des montagnes, des forêts, des îles, des rivages et des plaines. Allez-y. Vivez-y. Marchez doucement et sans bruit jusqu’en son cœur. Alors… Puissent vos sentes être légères, solitaires, minérales, étroites, sinueuses et seulement un peu en pente contraire. Puisse le vent apporter de la pluie pour remplir les marmites de grès lisse qui se trouvent à quatorze miles derrière la crête bleue que vous apercevez au loin. Puisse le chien de Dieu chanter sa sérénade à votre feu de camp, puisse le serpent à sonnette et la chouette effraie vous distraire dans votre rêverie, puis le Grand Soleil éblouir vos yeux le jour et la Grande Ourse vous bercer la nuit.

Edward Abbey, Un fou ordinaire

Un mysticisme âpre et brutal

Je ne suis pas ici seulement pour échapper un temps au tumulte, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l'existence, à l'élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutient. Je veux être capable de regarder et d'examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toute qualité attribuée par l'homme, catégories scientifiques comprises. Voir Dieu ou la Méduse face à face, même si cela implique de risquer tout ce que j'ai d'humain en moi. Je rêve d'un mysticisme âpre et brutal dans lequel le moi dénudé se fonde dans un monde non humain et y survit pourtant, toujours intact, individué, discret. Paradoxe et socle de pierre.

Edward Abbey, Désert solitaire

Une petite feuille

La planète est plus grande que nous ne l'avons jamais imaginée. Le monde est plus froid, plus ancien, plus étrange et plus mystérieux que nous ne l'avons jamais rêvé. Et nous, misérables créatures humaines avec nos innombrables outils et jouets et peurs et espoirs ne sommes qu'une petite feuille sur le grand arbre efflorescent de la vie.

Edward Abbey, Un fou ordinaire

Je n'imagine pas le monde s'améliorer

Je n'imagine pas le monde s'améliorer. Comme toi, je le vois plutôt empirer. Je vois la liberté qu'on étrangle comme un chien, partout où mon regard se pose. Je vois mon propre pays crouler sous la laideur, la médiocrité, la surpopulation, je vois la terre étouffée sous le tarmac des aéroports et le bitume des autoroutes géantes, les richesses naturelles vieilles de milliers d'années soufflées par les bombes atomiques, les autos en acier, les écrans de télévision et les stylos-billes. C'est un spectacle bien triste. Je ne peux pas t'en vouloir de refuser d'y prendre part. Mais je ne suis pas encore prêt à battre en retraite, malgré l'horreur de la situation. Si tant est qu'une retraite soit possible, ce dont je doute.

Edward Abbey, Seuls sont les indomptés

Etre capable de regarder

Je veux être capable de regarder et d'examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toutes qualité attribuée par l'homme, catégories scientifiques comprises.

Edward Abbey, Désert solitaire

Véritable patriote autochtone

Véritable patriote autochtone, Smith ne faisait serment d'allégeance qu'à la terre qu'il connaissait, pas à cette enflure farcie de propriétés privées et d'industries, terre d'exil d'Européens déplacés et d'Africains inopportunément transplantés, connue collectivement comme les Etats-Unis.

Edward Abbey, Le gang de la clef à molette

La surface des choses

La surface des choses m’apporte suffisamment de bonheur. À dire vrai, elle seule me paraît avoir une quelconque importance. Des choses comme une main d’enfant qui serre la vôtre, la saveur d’une pomme, l’étreinte d’un ami ou d’une amante, la douceur soyeuse des cuisses d’une jeune femme, le coucher de soleil sur la roche et les feuilles, l’entrain de telle musique, l’écorce de cet arbre, la lente abrasion du granite et du sable, une chute d’eau cristalline dans une marmite de grès, le visage du vent : qu’existe-t-il d’autre ? De quoi d’autre avons-nous besoin ?

Edward Abbey, Désert solitaire

Une nécessité vitale

Non, le monde sauvage n'est pas un luxe, mais une nécessité de l'esprit humain, aussi vitale pour nos vies que l'eau et le bon pain.

Edward Abbey

Croire en Dieu ?

Croire en Dieu ? En une vie après la mort ? Je crois en ce rocher qui est sous mes pieds.

Edward Abbey

Que puis-je dire à ces gens ?

Que puis-je dire à ces gens ? Comment puis-je libérer, désincarcérer ces mollusques à roulettes enfermés dans leurs coquilles de métal hermétique ? La voiture comme boîte de conserve, le ranger du parc comme ouvre-boîte. Hé ho ! ai-je envie de crier, hé ho les gars, bon sang sortez de vos foutues machines, enlevez-moi ces putains de lunettes de soleil et ouvrez grand les yeux, regardez autour de vous ; jetez-moi ces satanés foutus appareils photo ! Bon Dieu les gars, qu'est-ce que c'est que cette vie, si à tant s'inquiéter il n'est de temps pour s'arrêter, pour contempler ? Hein ? Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles de pied, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre ! Vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C'est poussiéreux ? Bien sûr que c'est poussiéreux – c'est l'Utah ! Mais c'est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l'Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! Et vous, Monsieur, qui regardez la carte pendant que votre radiateur bout et qu'un tampon de vapeur bouche votre circuit d'essence, exfiltrez-vous de cette boîte de merde chromée siglée GM et allez marcher un peu – oui, laissez donc la vieille bourgeoise et les gnards hurlants, tournez-leur le dos et allez marcher droit dans les canyons, perdez-vous un moment, revenez quand foutu bon vous semble, ça vous fera sacrément bien à vous et à elle et à eux. Et aussi : lâchez un peu la grappe à vos enfants, laissez-les sortir, qu'ils aillent escalader les rochers et chasser les serpents à sonnette et les scorpions et les fourmis rouges – oui, Monsieur, laissez-les sortir, libérez-les ; comment osez-vous emprisonner des petits enfants dans votre foutue carriole toutes options sauf les chevaux ? Oui, Monsieur, oui, Madame, je vous en conjure, sortez de vos fauteuils roulants motorisés, levez vos culs vulcanisés, tenez-vous debout comme des hommes ! comme des femmes ! comme des humains ! et marchez – *marchez* – MARCHEZ sur notre terre douce et sacrée.

Edward Abbey, Désert solitaire

Vivre comme des hommes

Nous nous soucions du temps. Si nous pouvions apprendre à aimer l'espace aussi profondément que nous sommes aujourd'hui obsédés par le temps, nous découvririons peut-être un nouveau sens à l'expression vivre comme des hommes.

Edward Abbey, Désert solitaire

Ouvrir des brèches clandestines

C'est plus pratique de rester ici un moment, de gagner ma vie honnêtement à introduire un peu de philosophie dans le cerveau des futurs ingénieurs, des futurs pharmaciens et politiciens. Ne va pas croire un seul instant que je me prenne pour une sorte de héros anarchiste. Je ne compte pas lutter contre l'Autorité, du moins pas ouvertement. J'ouvre peut-être des brèches clandestines.

Edward Abbey, Seuls sont les indomptés

Envoi

En vieillissant

l'esprit

se libère

rebelle

un aigle qui prend son envol

de la falaise

William Carlos Williams, Paterson

Pourquoi nous sommes devenus chrétiens

Hannah Arendt décrit assez justement, quoique brièvement, dans son article "Chrétienté et révolution", les raisons des conversions au christianisme des néo-catholiques Léon Bloy, Charles Péguy, Gilbert Keith Chesterton ou encore Jacq ues Maritain (elle évoque aussi Georges Bernanos, "un seigneur sans peur et sans reproche, que n'entrave aucune admiration pour "la grandeur historique" et que ne touche aucune attraction secrète pour le mal") - il me semble que ces raisons rejoignent, toutes proportions gardées, celles des conversions d'un Jacques de Guillebon, d'un Fabrice Hadjadj ou d'un Falk van Gavetr - et de quelques autres encore qui sont devenus chrétiens en tant que bloyens, péguystes, bernanosiens, chestertoniens... - antimodernes.

"Car ce n'était pas la démocratie que ces hommes haïssaient mais au contraire son absence. Ils n'étaient dupes ni des démocraties qui ressemblaient plus à leurs yeux à des ploutocraties ni des fioritures d'une république qui n'était guère qu'une machine politique. Ce qu'ils recherchaient, c'était la liberté pour le peuple et la raison pour l'esprit. ils furent d'abord guidés par une haine profonde de la société bourgeoise, qu'ils savaient être essentiellement antidémocratique et fondamentalement pervertie. Et l'objet de leur lutte fut toujours l'invasion insidieuse de la morale et des standards bourgeois dans tous les aspects de la vie et toutes les classes de la société. Ils luttaient en réalité contre une menace que pas un socialiste - dont le parti politique, selon Péguy, "est entièrement composé d'intellectuels bourgeois" - ne prit véritablement au sérieux, à savoir l'influence envahissante de la mentalité bourgeoise dans le monde moderne."

"Depuis le tournant du siècle ces convertis, semblerait-il, ont senti que leur propre champ d'action était la politique et que leur devoir était de devenir de véritables révolutionnaires, c'est-à-dire plus radicaux que les radicaux. Et en un sens ils avaient raison, raison au moins aussi longtemps qu'ils restèrent dans la négation pour mener leur offensive. Il était certainement plus radical de répéter qu'"il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille que pour un homme riche d'entrer dans le royaume de Dieu" que de citer des lois économiques."

"Toute la culture occidentale se trouvant menacée une fois que l'autorité bourgeoise s'engageait sur la voie de l'impérialisme, il n'est pas surprenant que les armes les plus anciennes, les convictions fondamentales de l'humanité occidentale, aient suffi au moins à montrer l'étendue du mal.Le grand avantage de ces écrivains néo-catholiques fut d'avoir, lors de leur retour au christianisme, rompu avec le modèle de leur milieu plus radicalement qu'aucune autre secte ou aucun autre parti.Ce fut leur instinct de publiciste qui les poussa vers l'Eglise. Ils étaient à la recherche d'armes, et étaient prêts à les prendre où ils les trouvaient ; et ils en trouvèrent de meilleures dans le plus ancien des arsenaux que dans les demi-vérités rassises de la modernité. Publicistes et journalistes sont toujours pressés - c'est la maladie de la profession. Là se trouvaient des armes dont on pouvait s'emparer sans attendre : deux mille ans n'avaient-ils pas prouvé leur utilité ? Les meilleurs parmi les convertis savaient d'amère expérience qu'on se sentait mieux, plus libre et plus raisonnables en acceptant la grande exigence de la foi chrétienne plutôt qu'en acceptant le tumulte de modernisme, qui impose jour après jour plus fanatiquement une doctrine tout aussi absurde.

"Ils trouvaient plus dans le christianisme que l'utile dénonciation de la perversion de l'homme riche. L'accent mis par la doctrine chrétienne sur la condition restreinte de l'homme était une philosophie suffisante pour donner à ses adeptes une perception aiguë de l'inhumanité inhérente à toutes ces tentatives modernes - psychologiques, techniques, biologiques - de changer l'homme en un superman monstrueux. Ils s'aperçurent que la poursuite du bonheur qui voudrait chasser tout chagrin finirait rapidement par chasser toute gaieté. Ce fut à nouveau le christianisme qui leur apprit que rien d'humain ne peut exister au-delà des larmes et du rire, excepté le silence du désespoir. C'est la raison pour laquelle Chesterton, ayant une fois pour toutes accepté les larmes, put inclure le vrai rire dans ses plus violentes attaques."

"Si tel est le cas des publicistes et des journalistes parmi les néo-catholiques, celui des philosophes est légèrement différent et plutôt embarrassant. Les philosophes par définition sont censés ne pas être pressés. ... Il s'agit seulement de savoir si un philosophe est autorisé à chercher un refuge si rapidement et si brutalement. Il est vrai que les enseignements de l'Eglise représentent encore une citadelle de la raison humaine, et il est tout à fait compréhensible que, dans une lutte au jour le jour, des publicistes comme Péguy et Chesterton s'y soient retranchés le plus rapidement possible. Ce n'étaient pas des philosophes, et ils avaient surtout besoin d'une foi combattante. Ce que Maritain voulait, c'était une certitude qui l'arracherait aux complexités et aux confusions d'un monde où l'homme ne sait même pas ce que le mot vérité veut dire.

Mais la vérité est une déesse difficile à adorer parce que la seule chose qu'elle refuse à ses adorateurs est la certitude. La philosophie qui s'intéresse à la vérité a toujours été et sera probablement toujours une sorte de docta ignorantia - extrêmement savante et par conséquent extrêmement ignorante. Les certitudes de saint Thomas d'Aquin offrent un guide spirituel remarquable et restent bien supérieures à tout ce qui a été inventé à des époques plus récentes. Mais la certitude n'est pas vérité, et un système de certitudes est la fin de la philosophie."

Hannah Arendt, "Chrétienté et révolution" (The Nation, 161/12, 22 septembre 1945), in La philosophie de l'existence et autres essais, Payot, 2015

Master Autonomie et Anarchie

Compétences visées :

Savoir vivre sans les autres

Travailler seul (contre tous)

Savoir se servir d'une arme

Apprendre à déjouer les pièges de l'Etat

Fabriquer des explosifs avec des produits ménagers

Savoir faire sauter des infrastructures publiques ou privées

Fomenter des troubles

Faire démarrer une voiture sans clé

Rédiger des documents subversifs

Option 1 : Hacking et luddisme

Option 2 : Survivalisme et société

Inscriptions libres et révolutions permanentes

La montagne qu'il faut déplacer

La montagne qu'il faut déplacer pour libérer le processus vers une éthique, c'est tout simplement ceci : cessez de penser au bon usage de la terre comme à un problème exclusivement économique. Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu'en termes de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l'inverse.

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995 (ISBN 2700728475), partie III (« En fin de compte »), p. 283

La lutte pour l'ennui

Nous luttons tous pour la sécurité, la prospérité, le confort, la longévité et l'ennui. Le cerf lutte avec ses longues pattes souples, le vacher avec ses pièges et ses poisons, l'homme d'État avec son stylo, la plupart d'entre nous avec des machines, des bulletins de vote et des dollars, mais cela revient toujours à la même chose : la paix pour notre temps. Un succès relatif en ce domaine n'a rien de pernicieux, peut-être même est-il la condition nécessaire d'une pensée objective, mais une sécurité excessive ne recèle, semble-t-il, que des dangers à long terme. C'est peut-être cela, l'idée contenue dans la proposition de Thoreau : le salut du monde passe par l'état sauvage. C'est peut-être cela, le sens caché du hurlement du loup, bien connu des montagnes, mais rarement perçu par les humains.

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995 (ISBN 2700728475), partie II (« Quelques croquis »), p. 172

Notre idée abrahamique de la terre

L'écologie n'arrive à rien parce qu'elle est incompatible avec notre idée abrahamique de la terre. Nous abusons de la terre parce que nous la considérons comme une commodité qui nous appartient. Si nous la considérons au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l'utiliser avec amour et respect. Il n'y a pas d'autre moyen si nous voulons que la terre survive à l'impact de l'homme mécanisé, et si nous voulons engranger la moisson esthétique qu'elle est capable d'offrir à la culture.

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995 (ISBN 2700728475), partie I (« Almanach d'un comté des sables »), p. 14

Du danger de ne pas posséder une ferme

On court deux dangers spirituels à ne pas posséder une ferme. Le premier est de croire que la nourriture pousse dans les épiceries. Le second, de penser que la chaleur provient de la chaudière. Pour écarter le premier danger, il convient de planter un jardin, de préférence assez loin de toute épicerie susceptible de brouiller la démonstration. Pour le second, il suffit de poser sur ses chenets une bûche de bon chêne, loin de toute chaudière, et de s'y réchauffer tandis qu'une tempête de neige maltraite les arbres au-dehors. Pour peu qu'on l'ait abattu, scié, fendu et transporté soi-même, en laissant son esprit travailler en même temps, on se souviendra longtemps d'où vient la chaleur, avec une profusion de détails qu'ignoreront toujours ceux qui passent le week-end en ville près d'un radiateur.

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, éd. Aubier, 1995 (ISBN 2700728475), partie I (« Almanach d'un comté des sables »), p. 22

Autodafé

"Quand persuadé de ces principes, nous parcourons les bibliothèques, que nous faut-il détruire ? Si nous prenons en main un volume de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous : contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d'existence ? Non. Alors mettez-le au feu, car il ne contient que sophismes et illusions".

(David Hume, Enquête sur l'entendement humain, 1748)

Pâques anarchristes

Blaise Cendrars

Pâques à New York

à Agnès

Fléchis tes branches, arbre géant, relâche un

peu la tension des viscères,

Et que ta rigueur naturelle s’alentisse,

N’écartèle pas si rudement les membres du Roi

supérieur…

Fortunat

(traduction Remy de Gourmont, Le Latin Mystique.)

[Flecte ramos, arbor alta, tensa laxa viscera

Et rigor lentescat ille quem dedit nativitas

Ut superni membra Regis miti tendas stipite …

Fortunat, Pange lingua.]

Seigneur, c’est aujourd’hui le jour de votre Nom,

J’ai lu dans un vieux livre la geste de votre Passion,

Et votre angoisse et vos efforts et vos bonnes paroles

Qui pleurent dans le livre, doucement monotones.

Un moine d’un vieux temps me parle de votre mort.

Il traçait votre histoire avec des lettres d’or

Dans un missel, posé sur ses genoux.

Il travaillait pieusement en s’inspirant de Vous.

À l’abri de l’autel, assis dans sa robe blanche,

il travaillait lentement du lundi au dimanche.

Les heures s’arrêtaient au seuil de son retrait.

Lui, s’oubliait, penché sur votre portrait.

À vêpres, quand les cloches psalmodiaient dans la tour,

Le bon frère ne savait si c’était son amour

Ou si c’était le Vôtre, Seigneur, ou votre Père

Qui battait à grands coups les portes du monastère.

Je suis comme ce bon moine, ce soir, je suis inquiet.

Dans la chambre à côté, un être triste et muet

Attend derrière la porte, attend que je l’appelle!

C’est Vous, c’est Dieu, c’est moi, — c’est l’Éternel.

Je ne Vous ai pas connu alors, — ni maintenant.

Je n’ai jamais prié quand j’étais un petit enfant.

Ce soir pourtant je pense à Vous avec effroi.

Mon âme est une veuve en deuil au pied de votre Croix;

Mon âme est une veuve en noir, — c’est votre Mère

Sans larme et sans espoir, comme l’a peinte Carrière.

Je connais tous les Christs qui pendent dans les musées;

Mais Vous marchez, Seigneur, ce soir à mes côtés.

Je descends à grands pas vers le bas de la ville,

Le dos voûté, le coeur ridé, l’esprit fébrile.

Votre flanc grand-ouvert est comme un grand soleil

Et vos mains tout autour palpitent d’étincelles.

Les vitres des maisons sont toutes pleines de sang

Et les femmes, derrière, sont comme des fleurs de sang,

D’étranges mauvaises fleurs flétries, des orchidées,

Calices renversés ouverts sous vos trois plaies.

Votre sang recueilli, elles ne l’ont jamais bu.

Elles ont du rouge aux lèvres et des dentelles au cul.

Les fleurs de la Passion sont blanches, comme des cierges,

Ce sont les plus douces fleurs au Jardin de la Bonne Vierge.

C’est à cette heure-ci, c’est vers la neuvième heure,

Que votre Tête, Seigneur, tomba sur votre Coeur.

Je suis assis au bord de l’océan

Et je me remémore un cantique allemand,

Où il est dit, avec des mots très doux, très simples, très purs,

La beauté de votre Face dans la torture.

Dans une église, à Sienne, dans un caveau,

J’ai vu la même Face, au mur, sous un rideau.

Et dans un ermitage, à Bourrié-Wladislasz,

Elle est bossuée d’or dans une châsse.

De troubles cabochons sont à la place des yeux

Et des paysans baisent à genoux Vos yeux.

Sur le mouchoir de Véronique Elle est empreinte

Et c’est pourquoi Sainte Véronique est Votre sainte.

C’est la meilleure relique promenée par les champs,

Elle guérit tous les malades, tous les méchants.

Elle fait encore mille et mille autres miracles,

Mais je n’ai jamais assisté à ce spectacle.

Peut-être que la foi me manque, Seigneur, et la bonté

Pour voir ce rayonnement de votre Beauté.

Pourtant, Seigneur, j’ai fait un périlleux voyage

Pour contempler dans un béryl l’intaille de votre image.

Faites, Seigneur, que mon visage appuyé dans les mains

Y laisse tomber le masque d’angoisse qui m’étreint.

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche

N’y lèchent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous,

Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous.

Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice

Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons

Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,

Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.

Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens.

On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens.

C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance.

Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.

Seigneur dans les ghettos grouille la tourbe des Juifs

Ils viennent de Pologne et sont tous fugitifs.

Je le sais bien, ils t’ont fait ton Procès;

Mais je t’assure, ils ne sont pas tout à fait mauvais.

Ils sont dans des boutiques sous des lampes de cuivre,

Vendent des vieux habits, des armes et des livres.

Rembrandt aimait beaucoup les peindre dans leurs défroques.

Moi, j’ai, ce soir, marchandé un microscope.

Hélas! Seigneur, Vous ne serez plus là, après Pâques!

Seigneur, ayez pitié des Juifs dans les baraques.

Seigneur, les humbles femmes qui vous accompagnèrent à Golgotha,

Se cachent. Au fond des bouges, sur d’immondes sophas,

Elles sont polluées par la misère des hommes.

Des chiens leur ont rongé les os, et dans le rhum

Elles cachent leur vice endurci qui s’écaille.

Seigneur, quand une de ces femmes me parle, je défaille.

Je voudrais être Vous pour aimer les prostituées.

Seigneur, ayez pitié des prostituées.

Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs,

Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs.

Je pense aux deux larrons qui étaient avec vous à la Potence,

Je sais que vous daignez sourire à leur malchance.

Seigneur, l’un voudrait une corde avec un noeud au bout,

Mais ça n’est pas gratis, la corde, ça coûte vingt sous.

Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit.

Je lui ai donné de l’opium pour qu’il aille plus vite en paradis.

Je pense aussi aux musiciens des rues,

Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l’orgue de Barbarie,

À la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier;

Je sais que ce sont eux qui chantent durant l’éternité.

Seigneur, faites-leur l’aumône, autre que de la lueur des becs de gaz,

Seigneur, faites-leur l’aumône de gros sous ici-bas.

Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit,

Ce que l’on vit derrière, personne ne l’a dit.

La rue est dans la nuit comme une déchirure,

Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures.

Ceux que vous aviez chassés du temple avec votre fouet,

Flagellent les passants d’une poignée de méfaits.

L’Étoile qui disparut alors du tabernacle,

Brûle sur les murs dans la lumière crue des spectacles.

Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort,

Où s’est coagulé le Sang de votre mort.

Les rues se font désertes et deviennent plus noires.

Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs.

J’ai peur des grands pans d’ombre que les maisons projettent.

J’ai peur. Quelqu’un me suit. Je n’ose tourner la tête.

Un pas clopin-clopant saute de plus en plus près.

J’ai peur. J’ai le vertige. Et je m’arrête exprès.

Un effroyable drôle m’a jeté un regard

Aigu, puis a passé, mauvais, comme un poignard.

Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus Roi.

Le Mal s’est fait une béquille de votre Croix.

Je descends les mauvaises marches d’un café

Et me voici, assis, devant un verre de thé.

Je suis chez des Chinois, qui comme avec le dos

Sourient, se penchent et sont polis comme des magots.

La boutique est petite, badigeonnée de rouge

Et de curieux chromos sont encadrés dans du bambou.

Ho-Kousaï a peint les cent aspects d’une montagne.

Que serait votre Face peinte par un Chinois ? ..

Cette dernière idée, Seigneur, m’a d’abord fait sourire.

Je vous voyais en raccourci dans votre martyre.

Mais le peintre, pourtant, aurait peint votre tourment

Avec plus de cruauté que nos peintres d’Occident.

Des lames contournées auraient scié vos chairs,

Des pinces et des peignes auraient strié vos nerfs,

On vous aurait passé le col dans un carcan,

On vous aurait arraché les ongles et les dents,

D’immenses dragons noirs se seraient jetés sur Vous,

Et vous auraient soufflé des flammes dans le cou,

On vous aurait arraché la langue et les yeux,

On vous aurait empalé sur un pieu.

Ainsi, Seigneur, vous auriez souffert toute l’infamie,

Car il n’y a pas de plus cruelle posture.

Ensuite, on vous aurait forjeté aux pourceaux

Qui vous auraient rongé le ventre et les boyaux.

Je suis seul à présent, les autres sont sortis,

Je me suis étendu sur un banc contre le mur.

J’aurais voulu entrer, Seigneur, dans une église;

Mais il n’y a pas de cloches, Seigneur, dans cette ville.

Je pense aux cloches tues: — où sont les cloches anciennes?

Où sont les litanies et les douces antiennes?

Où sont les longs offices et où les beaux cantiques?

Où sont les liturgies et les musiques?

Où sont tes fiers prélats, Seigneur, où tes nonnains?

Où l’aube blanche, l’amict des Saintes et des Saints?

La joie du Paradis se noie dans la poussière,

Les feux mystiques ne rutilent plus dans les verrières.

L’aube tarde à venir, et dans le bouge étroit

Des ombres crucifiées agonisent aux parois.

C’est comme un Golgotha de nuit dans un miroir

Que l’on voit trembloter en rouge sur du noir.

La fumée, sous la lampe, est comme un linge déteint

Qui tourne, entortillé, tout autour de vos reins.

Par au-dessus, la lampe pâle est suspendue,

Comme votre Tête, triste et morte et exsangue.

Des reflets insolites palpitent sur les vitres…

J’ai peur, — et je suis triste, Seigneur, d’être si triste.

« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via? »

– La lumière frissonner, humble dans le matin.

« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via? »

– Des blancheurs éperdues palpiter comme des mains.

« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via? »

– L’augure du printemps tressaillir dans mon sein.

Seigneur, l’aube a glissé froide comme un suaire

Et a mis tout à nu les gratte-ciel dans les airs.

Déjà un bruit immense retentit sur la ville.

Déjà les trains bondissent, grondent et défilent.

Les métropolitains roulent et tonnent sous terre.

Les ponts sont secoués par les chemins de fer.

La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,

Des sirènes à vapeur rauques comme des huées.

Une foule enfiévrée par les sueurs de l’or

Se bouscule et s’engouffre dans de longs corridors.

Trouble, dans le fouillis empanaché des toits,

Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats.

Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne …

Ma chambre est nue comme un tombeau …

Seigneur, je suis tout seul et j’ai la fièvre …

Mon lit est froid comme un cercueil …

Seigneur, je ferme les yeux et je claque des dents …

Je suis trop seul. J’ai froid. Je vous appelle …

Cent mille toupies tournoient devant mes yeux …

Non, cent mille femmes … Non, cent mille violoncelles …

Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses …

Je pense, Seigneur, à mes heures en allées …

Je ne pense plus à vous. Je ne pense plus à vous.

New York, avril 1912

Traité sur la meilleure manière d'échapper au monde

" Voilà des années que je veux écrire un Traité de la disparition. Pas une oeuvre littéraire mais un texte uniquement composé de conseils pratiques dont n'importe quel écolier terrestre pourrait tirer profit. Un chapitre d'introduction suivi d'une série de formules. Les pères de familles prendrait le livre en main et passeraient à l'acte. Un Traité sur la meilleure manière d'échapper au monde. Si l'exercice est mené à son terme, le corps et l'esprit deviennent des fantômes. La personne qui a disparu est toujours là, mais sur le plan social, elle est invisible. C'est alors que commence la partie gratifiante de l'exercice : elle réapparaît, elle est ailleurs ; elle se recompose sous une autre forme, une forme libre et non contrôlable. "

Alexandre Friederich, FORDETROIT, Allia, 2015

Ils ne risquaient pas le burn out

Naguère, les spécialistes citaient volontiers ces mots de Thomas Hobbes pour caractériser la vie des chasseurs-cueilleurs : « sale, grossière et brève. » Ils semblaient devoir travailler dur, être mus par la quête quotidienne de nourriture, souvent au bord de la disette, manquer des conforts quotidiens élémentaires tels que lits moelleux et vêtements adaptés, et mourir jeunes.

En réalité, c'est uniquement pour les citoyens prospères du premier monde, qui n'ont pas à produire eux-mêmes leurs vivres, que la production alimentaire réalisée dans des régions lointaines est synonyme de moindre travail physique, de plus de confort, de libération de la disette et d'une plus longue espérance de vie. La plupart des paysans, agriculteurs et éleveurs, qui constituent la grande majorité des producteurs alimentaires du monde, ne sont pas nécessairement mieux pourvus que les chasseurs-cueilleurs. Les études de leur « budget temps » indiquent que leurs journées de travail sont plus lourdes, non pas moins, que celles des chasseurs-cueilleurs. Les archéologues ont établi que les premiers agriculteurs étaient plus petits et moins bien nourris, souffraient de maladies plus graves et mourraient en moyenne plus jeunes que les chasseurs-cueilleurs qu'ils remplaçaient. Si ces premiers agriculteurs avaient pu prévoir les conséquences de l'adoption de la production alimentaire, sans doute se seraient-ils abstenus.

JARED DIAMOND De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire

Notre prétention de supériorité

Nous pouvons détruire les animaux plus facilement qu’ils ne peuvent nous détruire : c’est la seule base solide de notre prétention de supériorité. Nous valorisons l’art, la science et la littérature, parce que ce sont des choses dans lesquelles nous excellons. Mais les baleines pourraient valoriser le fait de souffler et les ânes pourraient considérer qu’un bon braiement est plus exquis que la musique de Bach. Nous ne pouvons prouver qu'ils ont tort, sauf par l’exercice de notre pouvoir arbitraire. Tous les systèmes éthiques, en dernière analyse, dépendent des armes de guerre.

Bertrand Russell

We can destroy animals more easily than they can destroy us; that is the only solid basis of our claim to superiority. We value art and science and literature, because these are things in which we excel. But whales might value spouting, and donkey might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach. We cannot prove them wrong except by the exercise of arbitrary power. All ethical systems, in the last analysis, depend upon weapons of war.

Mortals and others: American essays,1931-1935, Bertrand Russell, éd. Routledge, 1996 (ISBN 0-415-12585-5), chap. If Animals Could Talk, p. 121

Interroger les chemins

« C’est toujours à contrecœur que j’ai demandé mon chemin, j’y ai toujours répugné. Je préfère interroger les chemins eux-mêmes, et les essayer. Essayer et interroger, c’est ma façon d’avancer. »

(Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, « De l’esprit de lourdeur », 2)

Le noyau central de l'esprit vivant d'un homme

"Je pense que tu devrais radicalement changer ton style de vie et te mettre à faire courageusement des choses que tu n’aurais jamais pensé faire, ou que tu as trop hésité à essayer. Il y a tant de gens qui ne sont pas heureux et qui, pourtant, ne prendront pas l'initiative de changer leur situation parce qu'ils sont conditionnés à vivre dans la sécurité, le conformisme, toutes choses qui semblent apporter la paix de l'esprit, mais rien n'est plus nuisible à l'esprit aventureux d'un homme qu'un avenir assuré. Le noyau central de l'esprit vivant d'un homme, c'est sa passion pour l'aventure. La joie de vivre vient de nos expériences nouvelles et donc il n'y a pas de plus grande joie qu'un soleil chaque jour, nouveau et différent. Si tu veux obtenir plus de la vie, il faut perdre ton inclinaison à la sécurité monotone et adopter un mode de vie qui te paraitra dans un premier temps insensé. Mais une fois que tu seras habitué à une telle vie, tu verras sa véritable signification et son incroyable beauté."

Alexander Supertramp (Christopher McCandless) - Into the wild

L'abbé athée

« Pesez bien les raisons qu’il y a de croire ou de ne pas croire, ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien, et aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige de croire, comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, que mensonge, qu’illusion et imposture. »

Abbé Jean Meslier (1664-1729)

Retour sur l'écologie intégrale

"L'écologie intégrale est un terme et concept que j'ai forgé il y a une dizaine d'année (écologie intégrale égale écologie humaine plus écologie environnementale, pour faire bref) et qui a même été repris par le pape après l'avoir été par les milieux écologistes chrétiens…

Mais j'ai découvert récemment que Leonardo Boff l'avait également utilisé il y a une douzaine d'années également, mais justement comme dépassement d'une conception religieuse de l'écologie et précisément pas comme le concept chrétien et catholique à ancrage biblique et théologique que j'avais forgé et qui est précisément celui repris comme concept central dans la dernière encyclique pontificale après avoir connu une fortune récente dans les milieux écolos-cathos - et maintenant que le-pape-l'a-dit, il est repris comme un mantra par tous les écolos-cathos et souvent instrumentalisé comme synonyme de l'écologie humaine : il est surtout utilisé par de nombreux cathos pour mettre en avant l'écologie humaine alors que quand je l'ai créé et mis en avant c'était pour rappeler aux cathos qu'il n'y avait pas que l'écologie humaine mais aussi l'écologie naturelle, environnementale, et que les deux sont indissociables.

Quoi qu'il en soit, je me retrouve aujourd'hui davantage dans le concept postcatholique et postchrétien d'écologie intégrale telle qu'entendue par Boff, au sens d'une écologie plénière, holiste, que dans celui que j'ai créé et qui est devenu la doctrine officielle de l'Eglise catholique et que je trouve trop anthropocentré. Anthropocentrisme que je trouve nettement à l'oeuvre dans telle définition de l'écologie intégrale : "si elle est réellement intégrale, c'est-à-dire si elle met l'homme et sa culture au premier plan. " C'est là que je ne suis pas d'accord. Bien sûr, l'écologie doit être aussi culturelle, politique et sociale : "Ce dernier point implique que l'écologie doit être soucieuse de lutter contre les situation d'exploitation et d'injustice. Elle doit se placer du point de vue des populations soumises à toutes forme de spoliation et du côté des travailleurs. Elle doit aussi défendre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de leurs langues et de leurs cultures."

Je suis parfaitement d'accord sur ces points, et c'est précisément tout ce que je défends sans discontinuer depuis près de vingt ans dans mes engagements et mes écrits, et ce pour quoi j'ai lutté une dizaine d'années au sein de l'Eglise en me fondant sur les ressources spirituelles, sociales, politiques, etc. du christianisme, pour opérer cette nécessaire "révolution culturelle" et "conversion écologique" (selon les mots de Jean-Paul II) dans l'Eglise. Mais pour moi cela n'implique pas de mettre "l'homme et sa culture au premier plan", et c'est d'ailleurs ce en quoi je me sépare des Eglises et de leur anthropocentrisme déguisé en théocentrisme, et que je suis pour l'interprétation la plus radicalement écologique de Genèse 1 que je défends depuis une douzaine d'années (avant même d'avoir lu Callicott…) qui met la Création tout entière au centre et non l'homme - l'homme n'étant qu'une partie de la Création, et le "péché originel", la chute consistant en vouloir s'approprier, manipuler le paradis, le jardin, la Création, le monde en vue de servir ses propres fins (voir les premiers chapitres de mon premier livre paru en 2005, Le politique et le sacré, qui reprennent et développent des idées initialement parues dans les dernier numéros d'Immédiatement en 2002-2003). Je suis pour un grand décentrement vers le biocentrisme et l'écocentrisme.

J'étais déjà ouvertement et officiellement écologiste, anarchiste, régionaliste, autonomiste, populiste, socialiste et communiste libertaire, anticapitaliste, décroissantiste, indigéniste, etc., (j'ai même fait partie des Black Blocs, et pour moi même la CNT était trop molle, trop partisane, trop archaïque, trop sectaire, etc. …) : avant ma période de conversion (intellectuelle, politique, idéologique avant tout) au christianisme, qui a parfois émoussé le tranchant de l'expression de mes positions sans jamais les annuler : je n'ai d'ailleurs pas changé, maintenant que je ne suis plus croyant - si ce n'est plus chrétien au sens culturel -, et ce sont mes convictions profondes qui ont d'ailleurs agi comme un levain dans la pâte : au bout d'un moment, le voyant rouge qui s'allume et te dit "interdit de penser" ceci ou cela fait que tu ne peux plus rester dans quelque Église ou secte (ou parti) que ce soit. J'ai trop vu les extrapolations et élucubrations des Eglises (toutes les Eglises, catholiques, protestantes, orthodoxes comprises) pour arranger, accommoder et compromettre les Evangiles avec le monde, l'esprit des Evangiles et l'esprit du monde (à commencer par saint Paul), pour ne pouvoir être chrétien autrement que sous la forme "anarchriste" - et finalement, unitarienne, tolstoïenne, agnostique, athée… Les Eglises, toutes les Eglises, ne sont rien d'autre que des compromis, voire des compromissions, de l'Evangile et du monde. C'est à la fois leur grandeur et leur misère. Je crois toujours à la force révolutionnaire de l'Evangile, de l'esprit évangélique, qui, pur, ferait exploser toutes les Eglises et leur religion pagano-sacrifielle : ce sont elles, qui comme l'alliance des pouvoirs judéo-romains il y a deux mille, crucifient encore chaque jour le Christ sur les autels. Les Eglises sont judéo-païennes, sacrificielles, elles ne sont pas chrétiennes, pas évangéliques - ou si peu.

Je ne suis pas intolérant vis-à-vis de la foi, mais j'ai parfaitement le droit d'en exprimer ma vision : je trouve le christianisme beaucoup trop anthropocentrique sous déguisement théocentrisme (anthropomorphisme et anthropocentrisme clairement revendiqué d'ailleurs dans le "Dieu fait homme pour le l'homme devienne Dieu") et je pense que le christianisme notamment occidental (Athènes + Rome + Jérusalem) a eu une part importante dans l'émergence de la modernité, de son anthropocentrisme conquérant et de la destruction de la nature et des sociétés prémodernes.

Je trouve tous ces combats pour la défense des cultures et des langues beaux, justes, légitimes, intéressants, etc., mais j'ai le sentiment que là n'est pas ma place - notamment peut-être à cause de mon étrangeté radicale, car finalement je ne suis rien d'autre que français, et Français de multiples origines européennes non enraciné dans une région particulière, non issu de quelque part, d'un lieu, d'un pays - mais que ma place et mon combat personnels sont davantage dans l'écologie, la pensée et la défense de la nature notamment sauvage.

Me décentrer, me désanthropocentrer, me biocentrer, m'écocentrer.

Je suis passé sur côté deep-ecologist de la force. Le christianisme et son humanisme m'ont longtemps réfréné, je me suis réfréné longtemps à coup de grandes doses de christianisme pour conjurer ce que je suis vraiment, ce que j'ai toujours été : un inhumaniste, un écologiste profond. J'ai toujours pensé que nous étions trop sur terre, et autres pensées interdites, de tendance nietzschéennes, heideggeriennes, etc.

Mais j'ai enfin secoué le joug que je portais volontairement, je deviens ce que je suis, ce que j'ai toujours été.

Un écologiste radical.

Je prône l'égoïsme et le repli sur soi vis-à-vis de la pression sociale et plus largement humaine, mais pour et par l'ouverture sur l'autre que soi, le radicalement autre que soi qui est le non-humain, la nature. Je pense que nous sommes pourris d'altruisme jusqu'à la moelle, mais un altruisme qui est un égoïsme d'espèce. Je prône l'égoïsme individuel vis-à-vis des sollicitations et des pressions aujourd'hui démesurées de l'espèce humaine sur chacun de ses membres comme sur l'ensemble de l'écosystème planétaire et le grand altruisme, un altruisme élargi aux animaux, à l'ensemble du vivant mais aussi du non-vivant, des minéraux, des paysages...

Comme Soljenitsyne et bien d'autres, je prône l'autolimitation (économique, technologique, démographique...) de l'espèce humaine. D'ailleurs, si on relit le Nouveau Testament, c'est la positon de Jésus (contre la famille, le mariage, etc.), avant d'être en partie trahie par l'Eglise gagnée à l'idéologie familialiste-nataliste.

Deus sive Natura. Gaïa. Pacha Mama. Soeur Notre Mère la Terre.

Dans ma période chrétienne (et écologiste chrétienne), j'oscillais entre l'interprétation intendante et l'interprétation primitiviste de Genèse 1 (cf. Callicott).

J'ai tempéré par le christianisme mon écocentrisme/biocentrisme viscéral pendant une dizaine d'années.

Je suis d'accord sur la nécessité des luttes sociales, culturelles, etc., dans une écologie intégrale mais en désaccord avec tout anthropocentrisme. Une authentique écologie intégrale est écocentrique et non anthropocentrique.

Je ne crois plus en l'écologie humaine : je crois qu'il faut à la fois une (auto) réduction drastique de nos modes de vie et de nos populations humaines et animales domestiques. Je pense que l'humanité est globalement incapable de l'une comme de l'autre et que cela se résoudra de manière catastrophique et involontaire - non sans un appauvrissement et une perturbation globale des écosystèmes - et de l'écosystème global.

Je suis à nouveau pleinement sur la position de l'écologie radicale, profonde, intégrale en un sens plus intégratif et moins anthropocentré que le premier sens que j'ai forgé et qui est devenu la doctrine officielle de l'Eglise.

Ma position sur la question, c'est en gros la Décroissance + l'Ecologiste. Limite étant un lieu de conversion des chrétiens à l'écologie, de propagande, de propaganda ecologiae...

Je reviens globalement en les approfondissant à mes positions "antimodernes", "conservatives-révolutionnaires", "anarcho-anticapitalistes" et "écologistes radicales" de la seconde période d'Immédiatement - avant qu'elles ne soient atténuées par le christianisme comme, malgré toutes ses dimensions révolutionnaires, anthropocentrisme et pacifisme de démilitarisation des oppositions.

Je ne regrette pas d'avoir fait du bon travail de propagande écologique et sociale au sein de l'Eglise - qui plus est de bonne foi !"

Falco Peregrinus

Croissez et multipliez ?

"Pour ce qui est de l'interprétation de Genèse 1:28, il est clair qu'on ne peut totalement dédouaner la civilisation "judéo-chrétienne" d'une responsabilité dans la crise écologique, mais il est clair que cette interprétation (comme l'ensemble de la civilisation "judéo-chrétienne") a connu un infléchissement très fort à l'époque moderne. Par ailleurs, si la modernité scientifique, industrielle, etc., est issue de la civilisation européenne, on ne pas imputer à la seule dimension judéo-chrétienne de cette civilisation la crise écologique : la civilisation européenne est aussi bien gréco-romaine que judéo-chrétienne et on peut également l'imputer à un certain héritage gréco-romain (raison, empire, anthropocentrisme...) et notamment à une certaine reprise de cet héritage lors de la Renaissance ou de la Révolution française : mais c'est surtout l'inflexion moderne de cet héritage européen qui est en question. Il me semble que la crise écologique globale n'est tant pas due au "Croissez et multipliez" biblique, qu'à la modernité techno-industrielle qui est sortie (dans toute la polysémie du terme) de la civilisation européenne. (Par ailleurs, les Pascuans comme d'autres sociétés non chrétiennes n'ont pas eu besoin de la Bible pour connaître un effondrement écologique - cf. Jared Diamond. Ou la Chine contemporaine.)

Je crois que l'homme s'est de tout temps découpé une théologie ou une mythologie à sa mesure, et à la mesure de ces moyens : l'interprétation théologique (de ce verset biblique par exemple) me paraît au moins tout autant symptomatique que programmatique. Ce qui m'intéresse et que je défends depuis des années, c'est une interprétation écologique de la Bible (comme je défendrais une interprétation écologique de chaque grande tradition, religion, civilisation...) : il y a plus de deux milliards de chrétiens sur terre, autant essayer de les influencer en ce sens, surtout si le pape s'y met...

Je trouve intéressant cependant de montrer que le planning familial mondial est avant tout une offensive pour limiter le nombre de pauvres afin de ne pas négocier le mode de vie des riches - les émissions respectives de gaz à effet de serre de ces populations respectives étant à cet égard éclairant.

Comme l'ont rappelé les théologiens de la libération, toute théologie est contextuelle - et je suis un partisan de la théologie contextuelle, cet autre nom de la théologie de la libération que j'ai véritablement découverte en Palestine en 2009-2011. Je faisais depuis le début des années 2000 sans le savoir de la théologie contextuelle / de la libération avec ma théologie directe ou sauvage, comme la prose de Monsieur Jourdain.

L'explication mono-causale biblique de la crise écologique ne tient pas. Bien sûr, un certain dualisme chrétien est en cause, mais il me semble justement qu'il ait pris cette inflexion typiquement dualiste sous l'influence du platonisme et en interaction avec celui-ci. Ce qui est intéressant, c'est que les chrétientés orientales non occidentales (non byzantines et surtout non romaines, non grecques et surtout non latines, non platoniciennes et non aristotéliciennes) réputées les plus sémitiques ou les plus proches de l'esprit sémitique (les Eglises dites aujourd'hui orthodoxes orientales), bref les plus "bibliques" (syriaques, coptes, arméniens, éthiopiens, etc.) sont les plus éloignées de la mentalité industrielle techno-scientifique moderne et que rien de tel n'a émergé chez eux - ce qui serait contradictoire avec leur "biblisme" plus pur, non paganisé par la philosophie grecque et la culture romaine...

Bien sûr, la technè grecque n'est pas la Technique moderne, mais le "croissez et multipliez" génésique n'est pas non plus la croissance contemporaine - ce sont les transformations/mutations de ces concepts et surtout de ces réalités qui est en jeu et en cause.

(Bien sûr le "croissez et multipliez" ne tient plus dans un monde limité, et c'est justement une interprétation spirituelle de cette injonction que promeut le prophète et messie juif Jésus il y a déjà deux mille ans, comme je l'ai développé dans mon Ecologie selon Jésus-Christ : aucun natalisme ni familialisme chez Jésus - bien au contraire, promotion du célibat, de l'abstinence, etc. "Allez et évangélisez toutes les nations" remplace le "Croissez et multipliez" en l'interprétant dans un sens spirituel. Saint Paul préconise le célibat, "Ne vous mariez que si vous brûlez", le non remariage des veufs et veuves, etc. Il y a la une transformation radicale que le christianisme institutionnel et officiel a en partie adoucie dans son accommodement avec le monde - et notamment sa conciliation-dilution avec/dans l'Empire.)

Pour moi, c'est en gros à travers le christianisme occidental la jonction du dualisme platonicien et du réalisme aristotélicien qui a permis l'émergence, notamment à partir de la Renaissance, de la mentalité techno-scientifique moderne - Descartes apparaissant typiquement-symboliquement à la fois comme le dernier philosophe scolastique (mais aussi platonicien avec son dualisme radical) et le premier philosophe scientifique (Galilée également, etc.) - modernité qui est sortie dans tous les sens du terme de la chrétienté gréco-romaine occidentale.

(Ce que lui reprochent d'ailleurs les orthodoxes, d'avoir permis l'émergence de l'athéisme : à saint Thomas d'Aquin qui affirme que "la raison mène naturellement à Dieu", saint Justin Popovic répond que "la raison mène naturellement à l'athéisme". D'où la connivence des antimodernes avec les orthodoxes encore plus qu'avec les franges les plus traditionnelles du catholicisme, déjà tridentines donc modernes, si modernes...)

Et c'est notamment le rapport romain à la nature et l'environnement qui me semble avoir profondément et concrètement marqué l'Europe : conquête, soumission, colonialisme, impéralisme, juridisme, étatisme, propriété comme usus et abusus (totalement opposée à la propriété collective et conditionnelle de la Bible), etc. - auquel la superstructure dualiste-platonicienne et réaliste-platonicienne allait comme un gant - ainsi que l'universalisme monothéiste chrétien plus efficace que le paganisme comme religion impériale.

Le monde moderne est tout autant une "hérésie" chrétienne que païenne, il me semble justement qu'il est tout autant plein d'idées païennes devenus folles que chrétiennes - idées romaines notamment (l'Europe comme Empire, etc.). La généalogie des valeurs chères à Nietzsche est primordiale, mais il est important de ne pas tout y réduire (c'est la vieille tendance cognitive de ramener l'inconnu au connu) : un réductionnisme généalogique passerait à côté des profondes mutations que connaissent les valeurs et les réalités qui les portent. Nietzsche a souvent vu loin, mais souvent aussi de travers.

Le "Croissez et multipliez" n'est pas un principe absolu, ce n'est pas un des dix commandements, mais la description plus que la prescription de l'origine du monde et de l'humanité - et, comme je l'ai écrit dans L'écologie selon Jésus-Christ, le "croissez et multipliez, remplissez la terre et soumettez-la" adressé aux humains suit le "croissez et multipliez etc." adressé aux animaux - et donc ne peut entrer en contradiction avec celui-là. De plus, au sixième jour, contrairement à une vulgate interprétative anthropocentrique aussi courante que mensongère, ce n'est pas l'homme qui est le couronnement de la Création et qui est déclaré "très bon" mais l'ensemble de la Création avec l'homme inclus : "Dieu vit tout ce qu'il avait fait : Cela est très bon etc." De l'homme seul, il n'est même pas dit qu'il est bon en lui-même, contrairement aux autres moments et éléments de la Création. Le "croissez et multipliez" n'est en fait pas plus actuel que les ordres d'hécatombe et d'anathème de la conquête de Canaan (sauf pour certains groupes sionistes religieux...). Ce qui est actuel pour des chrétiens, c'est le Nouveau Testament, la réinterprétation jésuanique/christique de l'ensemble de l'Ancien Testament - et qui le passe à un crible très serré.

La seule solution pour passer de la stratégie r (on a beaucoup d'enfants, mais on ne s'occupe pas beaucoup d'eux) à la stratégie k (on en a peu, mais on en prend le plus grand soin), c'est que la stratégie r soit vécue individuellement comme contre-productive (ce qu'elle est déjà collectivement). Pour cela, il faut une révolution-relocalisation de l'économie mondiale qui ajuste l'autosuffisance locale/nationale/continentale sur les ressources propres et les limites écologiques. Pour moi, la révolution/transition démographique suivra la révolution/transition économique-écologique. Bref, la décroissance démographique suivra la décroissance économique - mais il est impossible et vain (et injuste) de vouloir limiter la croissance démographique même de manière coercitive dans un monde qui fait de la croissance (économique, technologique, etc.) son alpha et son omega. (Si l'on limitait la croissance démographique des populations selon leur impact écologique respectif, ce serait la quasi disparition des Européens et Occidentaux + Japonais...)

"On n'a jamais vu une civilisation s'écrouler parce que trop nombreuse." Affirmation idéologique et dogmatique, dont je ne suis pas sûr qu'elle soit juste (je viens de lire Effondrement de Jared Diamond justement) et ce qui n'est peut-être jamais arrivé peut tout de même arriver, malgré notre tendance (très marquée chez toi) à toujours vouloir ramener l'inconnu au connu, au "c'est entendu", etc. - notre écosystème planétaire ayant justement des limites écologiques. Il me semble justement que nous sommes en train de tous devenir des Pascuans - et c'est là tout le problème contemporain.

"La surpopulation est une non-question en soi." Bien sûr, en soi, il n'y a pas de surpopulation - puisqu'il n'y a de surpopulation que dans un rapport entre une population et un écosystème et surpopulation quand les limites de cet écosystèmes sont atteintes - c'est justement là toute la question de la surpopulation - qui est liée chez l'homme à l'exploitation de son environnement et notamment à sa surexploitation - quand l'exploitation atteint les limites écologiques d'équilibre et de renouvellement de l'environnement - en ce sens, il y a sans doute davantage de surpopulation par surexploitation globale (de pression démographique sur l'environnement par exploitation) dans les sociétés industrialisées à faible croissance démographique que dans les sociétés pré-industrielles à forte croissance démographique - mais croire que ces dernières n'atteignent pas les limites de la surpopulation démographique par surexploitation écologique et en seraient préservées par leur monde de vie non industriel est un mythe : même des sociétés agricoles traditionnelles trop nombreuses atteignent la limite écologique de pression démographique - comme le Rwanda, ou l'ampleur du génocide a notamment été multipliée par la pression démographique sur les terres agricoles.

Il y a surpopulation - c'est-à-dire pression démographique atteignant les limites écologiques de l'environnement - quand il y a surexploitation - c'est-à-dire exploitation du milieu atteignant ses limites écologiques. Mais il peut y avoir surexploitation par simple pression démographique sans industrialisation - cf. Rwanda, etc. Exemple : une pratique traditionnelle d'agriculture nomade comme les cultures sur brûlis deviennent une catastrophe écologique quand la population paysanne augmente sans transformer ses pratiques. Et jusqu'à preuve du contraire, les malheurs du monde viennent justement bien de sa population humaine et de ses pratiques...

La surpopulation est un facteur relationnel qui interagit avec d'autres facteurs : il y a surpopulation quand un milieu ne peut plus subvenir aux besoins d'une population. La surpopulation est toujours en lien avec la surexploitation : il n'y a pas de surpopulation en soi, mais toujours surpopulation en tant que surexploitation. À ce titre, en termes alimentaires stricts, il n'y a pas surpopulation humaine globale. Mais on peut aussi penser que la préservation de certaines espèces et de certains milieux, de toutes les espèces et de tous les milieux en fait, (voulue par Dieu dans la Genèse) peut être une raison de limiter la croissance démographique humaine en-deça de simples ratios alimentaires. Jésus prône d'ailleurs l'abstinence sexuelle donc procréative, comme saint Paul.

Les micro-solutions ne prouvent rien : "Pascal Poot fait pousser des légumes sans eau, donc il n'y a pas surpopulation, CQFD." On est dans la propagande, la non-pensée. Les malheurs viennent de la population humaine puisqu'elle seule peut les juger comme tels. Mais là encore on est dans la propagande, dans la non pensée, digne de Stanislas de Larminat : "La nature est elle-même pleine de catastrophes naturelles, donc la catastrophe écologique d'origine humaine est naturelle, etc."

Ce qui compte avant tout, c'est l'impact écologique par habitant, et le nôtre est démesurément plus grand que celui des pays pauvres. Comme l'a défini Paul Ehrlich dans The Population Bomb (1968) qui pointait la surpopulation comme problème prioritaire : I = PAT soit impact environnemental égale population fois affluence (richesse) fois technologie. Autant dire que notre impact, celui du monde développé, a été démultiplié par la richesse et la technologie, malgré notre faible croissance démographique. En toute justice, si nous devions limiter la démographie en fonctions de l'empreinte écologique par habitant, il faudrait à peu près interdire à tous les habitants des pays développés de faire des enfants… Donc la priorité pour nous, ce n'est pas tant de forcer les pays pauvres au contrôle de la natalité que de se forcer à la décroissance économique et technologique. Il est vrai que la démographie est un élément important de la crise écologique, un des trois principaux avec l'économie et la technologie, et qu'il est devenu quasi tabou - mais la remise en cause de la croissance économique et technologique était aussi taboue à la COP21 qui prône l'économie verte, la croissance verte et autres greenwashing du capitalisme mondialisé. Je suis d'accord sur la nécessité de réduire la croissance et même d'inverser la croissance humaine aussi bien économique, technologique que démographique.

Mais...

L'empreinte écologique d'un Américain moyen est dix fois celle d'un Africain moyen, donc les Africains devraient avoir le droit de faire dix fois plus d'enfants chacun que les Américains - ou les Américains ne devraient pas avoir le droit de faire plus de dix fois moins d'enfants que les Africains, c'est-à-dire ne devraient pas avoir le droit du tout de faire d'enfants - idem pour les Européens, les Japonais, etc. - et les sacs plastiques n'y changeront rien : c'est l'empreinte écologique globale par habitant qu'il faut prendre en compte. Il faudrait évidemment interdire totalement la PMA, la GPA, etc. Ainsi, si en en 2100 il y aura moins d'Européens et 4 fois plus d'Africains, c'est en toute justice : qui sommes-nous pour leur interdire de faire des enfants, puisque notre impact écologique par habitant est dix fois supérieur au leur ? Si nous réduisions drastiquement notre mode de vie, nous pourrions peut-être le leur demander, mais dans notre position qui sommes-nous pour l'exiger ou l'imposer ? N'oublions pas l'origine ouvertement raciste de la création du planning familial aux Etats-Unis, qui a été ouvertement créé pour limiter avant tout la natalité des populations noires aux Etats-Unis, et plus généralement des populations non-blanches, non-WASP, pauvres, etc. Le plus simple serait le principe suivant, à la chinoise : chaque couple humain a le droit de faire un seul enfant (ou deux) et les couples infertiles ont le droit d'adopter (mais interdiction de PMA GPA etc.). Mais qui pour l'imposer ?

Enfin, puisque les uns ne veulent pas passer à la décroissance économique et technologique et les autres ne veulent pas passer à la décroissance démographique, de toute façon tout cela va être "solutionné" d'ici 2100 par l'effondrement systémique globale et la dépopulation radicale qui va s'ensuivre... Il est donc indispensable de réduire radicalement et conjointement l'empreinte écologique par habitant dans les pays industrialisés/développés et la croissance démographique dans les pays à forte natalité - l'un ne peut aller sans l'autre - sinon nous allons droit dans le mur écologique. De plus, notre seule légitimité à inciter les Africains et les autres à renoncer à notre mode de vie mais à faire aussi peu d'enfants que nous est de leur donner l'exemple en réduisant drastiquement notre mode de vie (mettons, retour à notre empreinte écologique des années soixante mais dans un contexte low tech et eco tech) pour arriver à une convergence mondiale consensuelle idéale sur le mode de vie éco-soutenable moyen."

Falco Peregrinus

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