ANARCHRISME !

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Atomisation

Le capitalisme a fait la guerre à la famille pour la même raison qu'il combat les syndicats. Le capitalisme veut le collectivisme pour lui, l'individualisme pour ses ennemis . Il veut que ses victimes soient des individus ou, en d'autres termes, des atomes.Car le mot atome dans son sens le plus clair, - qui ne l'ai jamais beaucoup - peut être traduit par individu. S'il existe un lien, un sentiment de fraternité, une discipline familiale, grâce à quoi les pauvres puissent s'entraider, ces émancipateurs luttent pour relâcher ce lien, ou détruire cette discipline. Lorsqu'ils se trouvent devant une corporation, ces individualistes s'efforcent de mettre les individus en liberté ou plutôt cherche à l'écraser afin qu'il ne reste que des atomes.

G.K. Chesterton, The Superstition of Divorce, 1920.

Le vieil or a disparu

Le vieil or qu'ils utilisaient a disparu aussi, poursuivit-elle. Je regardais un vieux missel dans la bibliothèque hier. Tu sais qu'ils écrivaient toujours en or le nom de Dieu ? Je crois que si on écrivait un mot en or de nos jours, ce serait le mot Or.

G.K Chesterton, Le retour de Don Quichotte, 1927.

Amasser des richesses

Amasser des richesses ne procure que soucis et souffrances. "Malheur à celui qui entasse le bien d'autrui, dit le prophète Habaquq. Jusqu'à quand se chargera-t-il de boue épaisse ?" (Ha 2, 6). La boue (le fumier) entassée sent mauvais ; répandue, elle féconde la terre. De la même manière, des richesses, lorsqu'elles sont amassées ou, ce qui est pire, proviennent de vols, émane une puanteur de péché et de mort. Si, au contraire, elles sont distribuées aux pauvres et rendues à leurs propriétaires, elles fécondent l'esprit et le font fructifier.

Saint Antoine

Comment faire plier le Pouvoir

On répète la formule de saint Paul : " Tout Pouvoir vient de Dieu ", mais beaucoup moins pour inviter les sujets à l'obéissance envers le Pouvoir que pour inviter le Pouvoir ... à l'obéissance envers Dieu. Loin que l’Église, en appelant les princes représentants ou ministres de Dieu, veuille leur communiquer la toute puissance divine, elle s'est au contraire proposé de leur faire sentir qu'ils ne tiennent leur autorité que comme un mandat et doivent donc en user selon l'intention et la volonté du Maitre dont ils l'ont reçu. Il ne s'agit pas de permettre au prince de faire indéfiniment la loi, mais bien de plier le Pouvoir à une Loi divine qui le domine et l'oblige.

Bertrand de Jouvenel, Du pouvoir (écrit entre 1943-1945), Fayard, 1972.

Il n'y a rien à craindre...

La gauche a été au gouvernement pendant quinze ans au cours desquels nous avons libéralisé l'économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n'y a rien à craindre.

François Hollande, entretien avec le journal anglais The Guardian, 14 février 2012.

Du blues

Quand aurai-je le nom d’homme ?

My only sin is in my skin, chante Armstrong… et cela ne s’applique pas aux seuls Noirs. Le blues, cette création des Noirs d’Amérique, est l’expression la plus poignante et la plus spontanée d’un homme à qui l’on refuse le nom d’homme. « Lorsqu’un Noir chante le blues, écrit Hugues Panassié, ce n’est pas pour s’attendrir sur sa souffrance et ses malheurs, c’est pour s’en délivrer. La résonance avec la boutade d’Aubanel sur la poésie est frappante, « qui chante son mal, l’enchante ». Les thèmes les plus fréquents sont ceux des chants populaires de toutes les races, à toutes les époques : l’amour déçu, le labeur écrasant, la misère toujours présente ; mais aussi les allusions à l’actualité humaine — mobilisation, inflation — ou météorologique — tornade, inondations — sans omettre les protestations plus ou moins déguisées contre le préjugé de race et la ségrégation ». Le blues, peut-on dire en effet, est la manifestation de l’« inconscience créatrice » d’hommes qui n’ont connu que l’injustice mais qui refusent cependant la haine du Blanc. Cri de colère, de délivrance. et aussi d’espoir : — « Demain (chante Langston Hughes) je resterai à table. — Personne alors n’osera me dire : — Va manger à la cuisine. » C’est alors que l’Amérique aura enfin trouvé son âme et relégué dans les greniers de son histoire l’exaspérant et anachronique « problème Noir ». M. B.)

Depuis que je suis entré en ce monde

Voilà ce qui m’est arrivé :

Jamais on ne m’a donné le nom d’homme

Et je vais sur mes 53 ans.



(Refrain, répété après chaque couplet :)

Je me demande, je me demande,

Je me demande quand on me donnera le nom d’homme,

Faudra-t-il que j’attende d’avoir 93 ans ?

Quand l’oncle Sam m’a fait appeler,

J’ai bien cru que ce coup-ci ça y était,

Mais quand je suis arrivé à l’armée

Ils m’appelèrent « soldat Untel ».

Quand je suis revenu de la guerre,

Cette nuit-là on a bien rigolé.

Le lendemain j’ai rencontré mon ancien patron.

Mon ancien patron qui m’a dit :

« Négro va mettre ta salopette. »

Un Noir n’est qu’un négro pour le Blanc

Et ce qu’il sait faire, on s’en fout.

Ils disaient que je n’étais pas éduqué

Mes habits étaient sales et en loques

Maintenant, j’ai un peu d’instruction

Mais je serai un négro jusqu’au bout.

Big Bill Broonzy

Traduit de l’américain par Michel Boujut.

Témoins n°29, mars 1962.

Ce qui est honteux

Les travaux pénibles et mal payés ne sont pas honteux, mais les grosses prébendes obtenues sans peine le sont. Il n'est pas honteux de mendier ; il est honteux de profiter.

Lanza del Vasto, Principes et préceptes du retour à l'évidence, Denoël, 1945.

A moins d'être féroce

Je ne crois pas qu'on puisse devenir riche à moins d'être féroce, l'homme sensible n'amassera jamais. Pour s'enrichir, il faut avoir une seule idée, une pensée fixe, dure, immuable,le désir de faire un gros tas d'or; et pour arriver à grossir ce tas d'or, il faut être usurier, escroc, inexorable, extorqueur et meurtrier ! maltraiter surtout les faibles et les petits ! Et, quand cette montagne d'or est faite, on peut monter dessus, et du haut du sommet, le sourire à la bouche, contempler la vallée de misérables qu'on a faits.

Petrus Borel, Notice sur Champavert, Marchand et voleur est synonyme, 1833.

Que deviendra le pays ?

Les avares ne croient point à une vie à venir, le présent est tout pour eux. cette réflexion jette une horrible clarté sur l'époque actuelle, où, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir, qui nous attendait par delà le Requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fes et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son coeur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale ! pensée d'ailleurs partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur: Que payes-tu? au lieu de dire: Que penses-tu ? Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ?

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1834.

Un sorte d'administration

L'activité politicienne en laquelle s'épuisent les intelligences et les volontés a fait oublier les exigences et la nature de l'activité et de la décision politiques. Chacun est frappé de l'absence de grand dessein, de la faiblesse des conceptions et des réalisations, de l'incertitude des choix, en face des bouleversements des structures économique, sociale et nationale. L'adultération des idées et l'affaiblissement des volontés sont tels que l'on étonne aujourd'hui un bon nombre de citoyens des vielles démocraties en leur rappelant que la politique est le grand art de la fondation, du maintien et de l'accomplissement de la Cité. Sous les injures du temps et par l'oubli des hommes, elle s'est muée en une sorte d'administration.

François Perroux, La représentation comme fiction, Esprit, mars 1939.

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