ANARCHRISME !

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Ecocratie ?

"Chaque jour apporte la preuve, tant au niveau local que global, de l'incapacité de fait de l'humanité à s'autoréguler.

L'écocratie est inévitable - du local au mondial, et inversement.

Au mieux, écosocialisme voire écocommunisme.

Au pire, écolibéralisme voire écofascisme.

Si le prochain totalitarisme est écologique, s'il faut en passer par un totalitarisme écologique, j'en serai.

Ecologie totale - et même totalitaire, si nécessaire."

Métathéisme

Suis-je athée ? Plutôt métathée - je n'exclus pas Dieu, il s'est évanoui pour moi, il est parti tout seul...

Je ne suis pas athée - je suis métathée !

Après, mes tentatives d'élucidation, de compréhension, ou même de rationalisation de cette expérience, ainsi que d'expression de cette dernière, c'est autre chose - expérience qui ne peut se réduire à son expression, souvent maladroite.

En tout cas, les échanges providentiels avec certains m'ont fait beaucoup de bien - j'en suis ressorti apaisé, comme débarrassé des dernières scories du combat spirituel.

Abandon. Lâcher prise. Fin de la lutte avec l'ange. Sortie de la nuit. Aube. Fil paisible de l'eau.

Athéisme ? Même pas, même plus. Pas de -isme en tout cas. A-thée, peut-être. Et encore, trop privatif. Je ne me sens plus concerné par ces mots, plus concerné pas cette question, en fait.

Dieu n'est certes pas une évidence, il n'est même plus une question pour moi. La question s'est évanouie avec lui. Post-théisme, métathéisme.

Reste la liberté - que l'on peut appeler "Dieu", si on y tient.

Voilà où j'en suis aujourd'hui.

Postchristianisme et métathéisme.

La question

Qu'est-ce qui agrandit la vie ?

C'est ça, la question.

Qu'est-ce qui agrandit, élargit, approfondit la vie ?

What else ?

(La question ne se pose pas en général mais à chacun - et il n'y a pas une seule réponse.)

La fin est dans les moyens

La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine

Selon ma philosophie de la vie, la fin et les moyens sont des termes convertibles.

On entend dire "les moyens, après tout, ne sont que des moyens". Moi, je dirais plutôt: "tout, en définitive, est dans les moyens". La fin vaut ce que valent les moyens. Il n'existe aucune cloison entre ces deux catégories. En fait, le Créateur ne nous permet d'intervenir que dans le choix des moyens. Lui seul décide de la fin. Et seule l'analyse des moyens permet de dire sui le but a été atteint avec succès. Cette proposition n'admet aucune exception.

L'ahimsâ et la vérité sont si étroitement imbriquées qu'il est impossible de démêler l'une de l'autre. Elle sont comme les deux côté d'une même pièce de monnaie ou plutôt d'une feuille de métal sans épaisseur ni inscription. Comment distinguer alors le revers de l'avers? Quoi qu'il en soit, l'ahimsâ représente les moyens, ils doivent toujours être à notre portée. Aussi l'ahimsâ est-elle notre devoir suprême. Si on s'occupe des moyens, tôt ou tard on atteint la fin. Une fois qu'on a saisi ce point, la victoire finale ne saurait faire de doute...

Votre grande erreur est de croire qu'il n'y a aucun rapport entre la fin et les moyens. Cette erreur a fait commettre des crimes sans nom même à des gens qui étaient considérés comme religieux. C'est comme si vous prétendiez que d'une mauvaise herbe il peut sortir une rose. Le seul moyen approprié pour traverser l'océan est de prendre un bateau. Si, à la place, vous preniez une voiture, vous ne tarderiez pas à sombrer. Selon une maxime digne de considération, "le disciple prend le modèle sur le Dieu qu'il adore". On a tronqué les sens de ces mots et on s'est fourvoyé dans l'erreur. Les moyens sont comme la graine et la fin comme l'arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu'entre l'arbre et la semence.

Gandhi, Tous les hommes sont frères, Gallimard, p. 147-149.

Une maladie de héros

"Ce déséquilibre qui a pour nom mélancolie n'est pas le lot des caractères bas ou petits, au contraire : il s'agit pour ainsi dire d'une maladie de héros, consistant à dire des vérités d'une façon généralement énergique, sans tenir compte ni des convenances ni de la mesure."

Aulu-Gelle, Nuits attiques, XVIII, 3-4

Le poids le plus lourd

Le poids le plus lourd. – Que dirais-tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : « Cette vie telle que tu la vis maintenant et que tu l’as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d’innombrables fois ; et il n’y aura rien de nouveau en elle, si ce n’est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et tout ce qu’il y a d’indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession – cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L’éternel sablier de l’existence ne cesse d’être renversé à nouveau. – et toi avec lui, ô grain de poussière de la poussière ! » - Ne te jetterais-tu pas sur le sol, grinçant des dents et maudissant le démon qui te parlerait de la sorte ? Ou bien te serait-il arrivé de vivre un instant formidable où tu aurais pu lui répondre : tu es un dieu, et jamais je n’entendis choses plus divines ! » Si cette pensée s’emparait de toi, elle te métamorphoserait, faisant de toi tel que tu es, un autre être, et peut-être t’écraserait. La question posée à propos de tout et de chaque chose : « Voudrais-tu de ceci encore une fois et d’innombrables fois ? » pèserait comme le poids le plus lourd sur ton action ! Ou combien ne te faudrait-il pas témoigner de bienveillance envers toi-même et la vie pour ne désirer plus rien que cette dernière éternelle confirmation, cette dernière éternelle sanction ?

Friedrich NIETZSCHE, Le Gai Savoir, fragment 341

Bonne année !

Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Et, somme toute, pour voir grand : je veux, quelle que soit la circonstance, n’être une fois qu’affirmateur !

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, IV, 276, "Saint Janvier", Gênes, janvier 1882.

Le ciel nous est commun

"Nous voyons les mêmes étoiles, le ciel nous est commun, un même univers nous enveloppe ; quelle importance, la sagesse au moyen de laquelle chacun recherche le vrai ? On ne peut parvenir par un seul chemin à un si grand mystère."

Symmaque, Rapports, III, 10 (à Valentinien II)

Joyeux Noël !

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"Madre Selva", gravure sur bois de l'artiste colombien Guache (Oscar González).

Pourquoi nous ne sommes pas patriotes

"Qui a pays n'a que faire de patrie. (...) Le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement avec les autres corruptions italiques."

Joachim du Bellay, La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse, 1549

Brahmacharya

L'humanité doit entrer dans le temps du brahmacharya qui est partie intégrante et nécessaire de l'ahimsa et du satyagraha.

Le grand accord

Tout ce qui est accordé avec toi est accordé avec moi, ô Monde !

Rien de ce qui, pour toi, vient à point, n'arrive, pour moi, trop tôt ou trop tard.

Tout ce que produisent tes saisons, ô Nature, est fruit pour moi.

De toi viennent toutes choses, en toi sont toutes choses, vers toi viennent toutes choses.

Marc Aurèle, A soi-même, IV, 23

La vraie piété

La piété, ce n'est pas se montrer à tout instant couvert d'un voile et tourné vers une pierre, et s'approcher de tous les autels ; ce n'est pas se pencher jusqu'à terre en se prosternant , et tenir la paume de ses mains ouvertes en face des sanctuaires divins ; ce n'est pas inonder les autels du sang des animaux, ou lier sans cesse des vœux à d'autres vœux ; mais c'est plutôt pouvoir tout regarder d'un esprit que rien ne trouble.

Lucrèce, De la nature des choses, II, V

Falk van Gaver : "L’Evangile n’est pas nataliste"

La décroissance est-elle compatible avec différents modèles politiques ?

La question n’est pas tant celle du modèle politique que celle de la vision du monde – écologie, autonomie. Le modèle politique le plus compatible avec la décroissance sera celui qui favorisera au mieux l’écologie et l’autonomie. Je penche pour ma part pour une anarchie bien comprise – et bien tempérée. Mais au fond, peu importe les noms et modèles que l’on peut donner, tant qu’ils convergent vers l’écologie et l’économie. Je pourrais donner ici une liste en -isme : anarchisme, autonomisme, fédéralisme ou confédéralisme intégral, souverainisme, indépendantisme, populisme, régionalisme, ruralisme, paganisme (pagus, pays, paganus, paysan), localisme, communalisme, municipalisme libertaire, (micro)nationalisme, indigénisme, associationnisme, mutualisme… Liste non-exhaustive, bien sûr, l’essentiel étant d’en comprendre le dynamisme convergent. Je pourrais aussi faire une liste en auto- : autonomie, autarcie, autogestion, autodéfense, auto-organisation, autoémancipation, autodétermination, autochtonie, auto(démo)cratie, c’est-à-dire autogouvernement (on pourrait parler étymologiquement d’autocratie qui devrait signifier le gouvernement de soi, pour soi et par soi, self-government, sens que l’on retrouve dans l’autarcie/autarchie ,mais le terme a pris une signification contraire à ce qu’il devrait signifier : la démocratie directe et réelle à base avant tout locale, puis (con)fédérale – l’autodémocratie, si on veut), etc. Et, bien sûr, en négatif, une liste en anti- : antimondialisme, anti-impérialisme, anti-étatisme, anticapitalisme, antilibéralisme, anticentralisme, antijacobinisme, antimodernisme, antitotalitarisme, antiprogressisme, anti-industrialisme, etc.

Qui furent les théoriciens et penseurs de la décroissance ?

Entre les précurseurs, les penseurs, les théoriciens, les anciens, les contemporains, la liste est longue et je ne vais pas faire ici un cours d’histoire de la décroissance. Je vous invite à vous former sur la question comme je l’ai fait, en lisant les livres d’éditeurs comme « Ecosociété », « Le Passager Clandestin », « Le Pas de Côté », « L’Echappée », ou des publications comme « L’Ecologiste », « La Décroissance », « La Revue du MAUSS », « Pièces et Main-d’œuvre », « Notes et morceaux choisis », « Les Amis de Ludd », etc. L’essentiel, c’est de commencer tout de suite cette nécessaire « décolonisation de l’imaginaire » (de l’emprise mentale économique et étatique) prônée par Serge Latouche – et cela peut passer par bien des chemins de traverse et des auteurs que l’on ne classerait pas forcément dans la décroissance – et pourtant ! J’invite par exemple les catholiques à relire Bloy, Péguy, Weil, Claudel, Bernanos, et à plonger dans toute la tradition chrétienne cosmique et écologique mise en avant par mon ami le péguyste Jean Bastaire récemment disparu.

Jack London et son « Iron Heel » sont-ils considérés comme des précurseurs de la décroissance ?

Témoin et visionnaire en tout cas d’une résistance ouvrière à l’industrialisation du monde – et d’un certain socialisme antiautoritaire et antiétatique, d’un véritable socialisme de la société, le premier socialisme de la première moitié du 19e siècle, le socialisme de Proudhon et Leroux, de Bakounine et Kropotkine, des populistes russes, d’ailleurs encore majoritaire dans la 1ère Internationale et dans le premier syndicalisme, qui se perpétuera dans le syndicalisme révolutionnaire de la première CGT, chez les conseillistes et spartakistes allemands, chez la CNT et la FAI espagnoles, et courra comme une tradition insurgeante minoritaire malgré le monopole croissant de la social-démocratie marxiste et du marxisme-léninisme sur le socialisme – avant la dissolution dans le socialisme libéral d’Etat. Je pense à Orwell et au POUM, à Simone Weil, à l’insurrection de Budapest en 1956… Mais aussi, avant, à la pleine figure de Péguy, qui fut tout d’un bloc et jusqu’au bout socialiste, anarchiste, révolutionnaire, patriote, républicain, antimoderne et chrétien – une belle synthèse disparue de l’homme complet et que nous devrions tenter de faire renaître dans chacune de nos existences.

D’un autre côté, qu’espèrent les défenseurs de la croissance perpétuelle ? Les dernières crises économiques sont-elles liées à la théorie de la croissance ? Et que dire de la déferlante migratoire ?

Le problème de la croissance, c’est justement celui de la sécularisation de l’espérance. La croissance est elle-même la crise. Espérer croître infiniment dans un monde fini, voilà la crise. Pour moi, il faut abandonner toute espérance et suivre l’injonction de Nietzsche : « Frères, soyez fidèles à la Terre ! » Quant aux crises migratoires, elles ne sont qu’une des dimensions de l’idéologie de la croissance humaine sous toutes ses formes – dont la croissance démographique. Une réponse locale ou nationale croissantiste ou nataliste n’est qu’une participation à cette crise qui a pris les dimensions du monde – et en menace la viabilité humaine. Pour ma part, je préfère faire partie avec Nietzsche des Fils de la Terre contre les Amis des Idées – ou des chiffres ! Frères, soyez fidèle à la terre, soyez fidèles à la Terre !

D’un point de vue catholique et nationaliste, le devoir des familles est de se multiplier d’une part, devoir également au niveau de la nation où, pour conserver son poids démographique, le peuple hôte doit augmenter son taux de fécondité. La décroissance semble pourtant commander le contraire. Que diriez-vous sur ce dilemme moral ?

Ce n’est absolument pas un dilemme moral pour moi, car je ne pars pas d’un point de vue catholique ni nationaliste. Comme toute religion et toute doctrine, le catholicisme et le nationalisme ne m’intéressent qu’en tant qu’ils favorisent l’écologie et l’autonomie. En 1793, je suis pour le catholicisme vendéen contre le nationalisme jacobin, de même que je suis pour les nationalismes corses, basques, bretons, occitans, contre le nationalisme français… Ou pour le nationalisme québécois contre le nationalisme canadien. Je suis plutôt opposé aux macro-nationalismes négateurs des identités nationales, régionales, locales, je suis plutôt pour les petites nations et les micro-nationalismes, pour autant que leur comportement ne soit pas celui, à une plus petite échelle, des macro-nationalismes uniformisateurs, épurateurs, négateurs et destructeurs des identités régionales, locales et autres. Si c’est pour reproduire le jacobinisme français – « Interdit de cracher par terre et de parler breton » dans les cours de récréation de l’école publique, laïque et obligatoire – non merci ! Je suis multinationaliste et multi-identitaire, contre tout mononationalisme !

Je suis patriote comme l’écrivain américain Edward Abbey (et je suis également anarchiste, écologiste radical et néo-luddite de la même manière que lui), le fameux auteur du Gang de la clef à molette dans lequel il décrit ainsi un des personnages : « Véritable patriote autochtone, Smith ne faisait serment d'allégeance qu'à la terre qu'il connaissait, pas à cette enflure farcie de propriétés privées et d'industries, terre d'exil d'Européens déplacés et d'Africains inopportunément transplantés, connue collectivement comme les Etats-Unis. »

Je ne suis pas nataliste par principe – et l’interprétation nataliste et familialiste du christianisme majoritaire contredit frontalement les Evangiles, c’est-à-dire les gestes et parole du Christ Jésus . L’Evangile n’est pas nataliste, il est plutôt anataliste si ce n’est antinataliste – je vous invite à le relire attentivement . Dans le contexte actuel de surpopulation, je suis même antinataliste – je préfère une France de vingt millions d’habitants plutôt que de soixante ou quatre-vingt. Je suis pour une limitation volontaire des naissances, une autolimitation – mot d’ordre de Soljenitsyne – que je pourrais ajouter à ma liste en auto- plus haut. Je suis marié et père de trois très jeunes enfants, mais entendre parler de « devoir des familles de se multiplier », de « conserver son poids démographique » et d’ « augmenter son taux de fécondité » me hérisse et me dégoûte complètement : ce genre de discours économiciste et quantitativiste, où le fait de fonder une famille devient un impératif numérique national, signale clairement des adversaires ou des ennemis pour moi – ceux qui ont une vision moderne, administrative, étatique, économique, bureaucratique, comptable du monde, de l’existence, de la naissance, de la vie, les sectateurs du règne de la quantité (Guénon), du totem du rat (André Suarès)… Pour des raisons similaires qui me font aujourd’hui antinataliste (opposant au natalisme, pas à la natalité en soi, bien entendu – mais la natalité est avant tout une condition, un événement et un avènement – cf. Hannah Arendt – pas une statistique – pouah !), je suis anti-immigrationniste : opposant à l’immigrationnisme, pas à toute migration en soi, bien sûr – mon rêve d’enfance étant d’ailleurs de fuir la France surpeuplée – humains, trop d’humains – pour venir vivre au Québec aux grands espaces dépeuplés – m’y inviterez-vous ?…

Le « devoir d’enfant », c’est comme le « droit à l’enfant », ça réduit chaque enfant à un objet, un moyen, un instrument, ou un simple chiffre, un pourcentage, un taux, une statistique…

Peut-on, et si oui ,comment, désintoxiquer une société accroc à la surconsommation et ce, dès le plus jeune âge ?

Il convient avant tout de se désintoxiquer d’une telle société.

Comment ? Si je crois en la convergence des radicalités, malheureusement trop souvent caricaturée en (con)fusion des extrêmes (rouges-bruns, nationalistes-révolutionnaires, nationaux-bolchéviks, nationaux-républicains, nationaux-laïques, néo-jacobins, etc., mais on pourrait parler aussi des islamo-communistes, islamo-nationalistes, islamo-révolutionnaires, tous mêlés dans les méandres conspirationnistes, complotistes). Au-delà de ces amalgames superficiels, il convient donc de se former et de s’ouvrir à d’authentiques radicalités (radix, racine) et de s’en enrichir et de les enrichir les unes par les autres : l’écologie radicale et profonde, les traditions anarchistes et socialistes antiautoritaires, les courants indigénistes et identitaires, la décroissance, le survivalisme, etc.

L’écologie n’est-elle pas devenue un simple outil de marketing ?

Le green washing de l’économie verte, de la croissance verte, du capitalisme vert, du développement durable, ne feront qu’accroître la nécessité et la légitimité de l’écologie radicale, de l’écologie profonde, ou, selon mes propres termes, de l’écologie intégrale. Le capitalisme recycle tout à son propre usage – que ce soit l’écologie, la religion ou la nation entre autres – en le vidant de toute substance et consistance propre. C’est pour cela que je m’inquiète quand j’entends parler de natalité et de nation, c’est-à-dire, étymologiquement, de naissance, en termes statistiques, i.e. économiques.

Dans la vie de tous les jours, comment peut-on agir localement dans une optique guidée par ces principes ?

Vous avez au Québec une tradition et une édition vivantes de la simplicité volontaire (Ecosociété ; beaucoup de choses intéressantes chez Lux également) : même si a priori, contrairement à moi, vous n’êtes pas du même bord que ces gens-là, même s’ils peuvent vous rejeter parce que vous sentez le souffre, je vous invite à vous ouvrir et vous former par vous-mêmes à cette tradition écologique et décroissante : pratiquez, dès maintenant, par l’écologie et l’autonomie, la convergence des radicalités – et soyez fidèle à votre terre !

Limite écologique, entretien avec Falk Van Gaver

1. Cf. « Hors de la famille point de salut ? » : http://osp.frejustoulon.fr/hors-de-la-famille-point-de-salut/

2. Cf. « Croissez et multipliez ? » : http://anarchrisme.blog.free.fr/index.php?post/2016/03/17/Croissez-et-multipliez

3. Cf. « Retour sur l’écologie intégrale » : http://anarchrisme.blog.free.fr/index.php?post/2016/03/17/Retour-sur-l-%C3%A9cologie-int%C3%A9grale

Cf. « L’envol du faucon » : http://anarchrisme.blog.free.fr/index.php?post/2016/03/17/L-envol-du-faucon

4. http://revuelimite.fr/

Christianisme et antispécisme

La logique du capitalisme dépasse le domaine purement économique. Vous consacrez une large partie de votre réflexion à l’écologie, en insistant sur la solidarité ontologique de l’humain et du vivant. Qu’est-ce qui fonde cette solidarité?

Pour les chrétiens, toute créature possède la dignité intrinsèque de création divine. Parmi les créatures vivantes, les animaux sont pourvus de cette dignité de manière toute particulière. C’est d’ailleurs parmi elles qu’Adam cherche une aide qui lui corresponde – la création d’Eve, dans le mythe biblique. Dans la Genèse, la première bénédiction de Dieu est donnée aux animaux. Ensuite aux hommes. Contrairement à l’opinion répétée ici et là, ce n’est pas l’homme qui est jugé “très bon” mais l’ensemble de la création – un ensemble lié et relié, où toutes les créatures sont solidaires, avant que le péché de l’homme ne détruise l’équilibre édénique. Toute la cosmologie et la biologie modernes et contemporaines ne font que confirmer cette solidarité ontologique.

Dès lors que penser de l’antispécisme?

J’ai de nombreux amis, dont des chrétiens, antispécistes et je le suis moi-même – si l’on entend par “antispécisme” non pas la négation des différences interspécifiques, mais le refus de la domination anthropocentrique. L’antispécisme est l’équivalent dans le règne animal de l’antiracisme dans le genre humain. Il y a dans la tradition chrétienne tous les éléments pour un antispécisme chrétien. Prenons seulement l’exemple de saint François d’Assise, qui enlève vers et insectes du chemin pour qu’ils ne se fassent pas écraser, et à l’heure où l’on tire les quelques loups qui reviennent en France, repensons à l’épisode du loup de Gubbio, une merveille de diplomatie interspécifique.

Falk Van Gaver: "L'Evangile s'oppose aux conséquences du capitalisme" 25.10.2017

Lire aussi :

CHRISTIANISME CONTRE CAPITALISME : ENTRETIEN AVEC FALK VAN GAVER (1/2)

CHRISTIANISME CONTRE CAPITALISME : ENTRETIEN AVEC FALK VAN GAVER (2/2)

Le christianisme et les âmes païennes

Rien ne serait plus faux que de faire du christianisme la religion de l'Occident. Il est d'un autre ordre, nous le dirons. Il y a une religion de l'Occident. Cette religion est l'antique paganisme grec ou latin, celte ou germanique. Et il était l'équivalent de ce que sont l'hindouisme ou le taoïsme, l'animisme ou les religions américaines. C'est à Plotin que l'on peut comparer Çankara, et Marc-Aurèle à Confucius. Ce paganisme valait les autres. Il n'est pas encore si loin de nous. Nous ne sommes jamais que des païens convertis : Fiunt, non nascuntur christiani, disait Tertulien. Ce qu'on peut traduire : " On nait païen, on devient chrétien ". Ce génie religieux de l'Occident conditionne la manière occidentale d'être chrétien. Et nous avons le devoir d'y être fidèle. Mais non de l'imposer aux autres.

Il y a ainsi diverses âmes païennes. Et chacune a sa beauté. Et toutes méritent d'être sauvées. Et toutes seront effectivement sauvées. C'est l'âme païenne des Sémites qui l'a été d'abord en Abraham. Ça été ensuite l'âme païenne occidentale, le baptême de Platon et de Virgile. Ce sera au XXe siècle l'âme païenne africaine, au XXIe siècle l'âme païenne indienne. Les diversités du christianisme sont le reflet dans l'unité d'une foi qui est nécessairement une, de la diversité des âmes religieuses qui accueille cette foi chacune à sa manière. Et de quel droit imposer aux autres ma manière d'accueillir Jésus-Christ ?

Jean Daniélou, L'oraison, problème politique,1965.

Le point de rupture

"Le rapport aux persécuteurs et à la victime : c’est bien là, selon Girard, le cœur du problème, le point de bascule qui ouvre un gouffre infranchissable entre les mythes païens et la révélation chrétienne, encore une fois au-delà de leurs similitudes thématiques apparentes (sacrifices, morts et résurrections, etc...), qui précisément ont pu faire le lit de cette vieille confusion.

Tous les mythes païens manifestent l’emballement mimétique des foules aliénées, dirigé contre une victime unique (qui en général tranche par sa singularité, son « étrangeté »), unanimement désignée comme responsable de tous les maux de la société, et dont le sacrifice aura une "divine" vertu réconciliatrice pour l'ensemble de la communauté.

En cela, dans les mythes païens, les persécuteurs ont toujours raison et la victime est toujours coupable. Son meurtre collectif rétablit la « paix ». Tel est le mensonge, dont Girard démonte les ressorts proprement sataniques, qui caractérise TOUS les mythes païens.

Par Jésus, la victime émissaire est enfin révélée dans son absolue innocence et les persécuteurs dans leur culpabilité. Retournement complet !

Sur la Croix, il révèle définitivement la dynamique meurtrière du tous contre un mimétique, l'illusion de la fausse paix (fondée sur le meurtre) et des fausses résurrections païennes."

Serge Lellouche

https://unpontlance.wixsite.com/cathos-ecolos/rene-girard-je-vois-satan

Ni Thor ni Christ

« Moi, le descendant de ces Normands qui adoraient Thor, je passe ma journée sans adorer ni Thor ni Christ ».

Henry David Thoreau, Journal

Le dernier paganisme

Le christianisme est même l'un des derniers paganismes - notamment sous ses formes traditionnelles, catholiques, orthodoxes et orientales.

Un homme qui est le Fils de Dieu, né d'une vierge, sacrifié, mort en croix et ressuscité, et auquel on communie par son corps et sous sang sous les espèces du pain et du vin - on est en plein paganisme !

Sans compter les anges, les archanges, les trônes et les dominations, les saints, les démons et les diablotins... - paganisme !

Je ne dis pas que le rabbi et prophète juif galiléen Jésus de Nazareth était païen, mais le christianisme, lui, est loin d'être un monothéisme aride !

Vous voulez des rites païens ? des sacrifices humains ?

Allez à la messe !

La véritable histoire d'Immédiatement

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Falk van Gaver : « Il n’y a rien d’équivalent à Immédiatement dans la presse aujourd’hui » Philitt 02.10.2017

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