La logique du capitalisme dépasse le domaine purement économique. Vous consacrez une large partie de votre réflexion à l’écologie, en insistant sur la solidarité ontologique de l’humain et du vivant. Qu’est-ce qui fonde cette solidarité?

Pour les chrétiens, toute créature possède la dignité intrinsèque de création divine. Parmi les créatures vivantes, les animaux sont pourvus de cette dignité de manière toute particulière. C’est d’ailleurs parmi elles qu’Adam cherche une aide qui lui corresponde – la création d’Eve, dans le mythe biblique. Dans la Genèse, la première bénédiction de Dieu est donnée aux animaux. Ensuite aux hommes. Contrairement à l’opinion répétée ici et là, ce n’est pas l’homme qui est jugé “très bon” mais l’ensemble de la création – un ensemble lié et relié, où toutes les créatures sont solidaires, avant que le péché de l’homme ne détruise l’équilibre édénique. Toute la cosmologie et la biologie modernes et contemporaines ne font que confirmer cette solidarité ontologique.

Dès lors que penser de l’antispécisme?

J’ai de nombreux amis, dont des chrétiens, antispécistes et je le suis moi-même – si l’on entend par “antispécisme” non pas la négation des différences interspécifiques, mais le refus de la domination anthropocentrique. L’antispécisme est l’équivalent dans le règne animal de l’antiracisme dans le genre humain. Il y a dans la tradition chrétienne tous les éléments pour un antispécisme chrétien. Prenons seulement l’exemple de saint François d’Assise, qui enlève vers et insectes du chemin pour qu’ils ne se fassent pas écraser, et à l’heure où l’on tire les quelques loups qui reviennent en France, repensons à l’épisode du loup de Gubbio, une merveille de diplomatie interspécifique.

Falk Van Gaver: "L'Evangile s'oppose aux conséquences du capitalisme" 25.10.2017

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