Paradis est plus fleuri que printemps.

Paradis est plus moissonneux qu’été.

Paradis est plus vendangeux qu’automne.

Paradis est si éternel qu’hiver.

Paradis est plus soleilleux que jour.

Paradis est plus étoilé que nuit.

Paradis est plus ferme que le ferme décembre.

Paradis est plus doux que le doux mois de mai.

Paradis est plus secret que jardin fermé.

Paradis est plus ouvert que champ de bataille.

Paradis est plus vieux que saint Jérôme.

Paradis est le céleste pourpris.

Paradis est plus capital que Rome.

Paradis est plus peuplé que Paris.

Paradis est désert plus que plaine en décembre.

Paradis est public et qui veut vient y boire.

Paradis est plus frais que l’aube fraîche.

Paradis est plus ardent que midi.

Paradis est plus calme que le soir.

Paradis est si éternel que Dieu.

Paradis est sanglant plus que champ de bataille.

Paradis est sanglant du sang de Jésus-Christ.

Paradis est royaume des royaumes.

Paradis est le dernier reposoir.

Paradis est le siège de Justice.

Paradis est le royaume de Gloire.

Paradis est plus beau qu’un jardin de pommiers.

Paradis est plus floconneux qu’hiver.

Paradis est plus sévère que mars.

Paradis est plus boutonneux qu’avril.

Paradis est plus bourgeonneux qu’avril.

Paradis est plus cotonneux qu’avril.

Paradis est plus embaumé que mai.

Paradis est plus accueillant qu’auberge.

Paradis est plus fermé que prison.

Paradis est demeure de la Vierge.

Paradis est la dernière maison.

Paradis est le Trône de Justice.

Veuille seulement Dieu que route y aboutisse.

Route que cheminons depuis dix-huit cents ans.

Paradis est auberge à la très belle enseigne.

Car c’est l’enseigne-ci : à la Croix de Jésus.

Cette enseigne éternelle est pendue à la porte.

Charles Péguy, Le mystère des saints innocents, 1912.